Le 2 avril 2025, le Parlement mozambicain a voté à l’unanimité la loi pour « pacifier le pays », un texte proposé par le gouvernement visant à stabiliser la nation après plusieurs mois de tensions politiques. Ce projet de loi, fruit d’un compromis entre le président Daniel Chapo et les dirigeants des principaux partis d’opposition, vient après une crise électorale ayant fait 360 victimes. L’adoption de cette loi pourrait marquer un tournant dans la vie politique du pays, en jetant les bases d’une nouvelle gouvernance et d’un renouvellement démocratique.
Cette législation propose des réformes profondes, notamment une révision de la Constitution, un réaménagement du système politique et une révision des pouvoirs du président. La loi prévoit également une dépolitisation des institutions et une meilleure décentralisation du pouvoir, en vue de renforcer la démocratie et d’éviter les dérives autoritaires. Ces réformes devraient permettre une gestion plus équitable des affaires publiques et un accès élargi aux services pour toutes les régions du pays, en particulier les zones rurales, souvent marginalisées.
Le Mozambique a connu plusieurs décennies de tensions politiques, notamment depuis la fin de la guerre civile en 1992. Après un accord de paix, le pays a connu des alternances politiques marquées par des rivalités entre le Frelimo, au pouvoir, et la Renamo, principale force d’opposition. Toutefois, ces derniers mois ont été particulièrement agités à la suite de la crise électorale de 2024, qui a plongé la nation dans une instabilité politique sans précédent. Les affrontements entre partisans du gouvernement et de l’opposition ont exacerbés les fractures sociales et politiques, laissant le pays dans une situation de quasi-anarchie.
Cette loi s’inscrit dans un processus de réconciliation nationale et d’effort pour stabiliser le pays à long terme. La possibilité d’une réforme constitutionnelle majeure pourrait permettre de réduire les tensions politiques chroniques entre le Frelimo et la Renamo, tout en offrant des mécanismes plus démocratiques pour l’exercice du pouvoir. Cependant, des voix s’élèvent pour rappeler que la mise en œuvre de ces réformes sera essentielle : la décentralisation et la transformation des institutions ne seront efficaces que si elles sont accompagnées d’un véritable changement de mentalité et d’engagement des responsables politiques.
Bien que l’adoption de la loi ait été saluée par certains partis politiques comme un « nouveau pacte démocratique », des inquiétudes demeurent quant à son application. La Renamo, bien qu’ayant soutenu le texte, reste prudente, mettant en garde contre la possibilité d’une nouvelle déception du peuple si les réformes sont mal appliquées. Jerónimo Malagueta, député de la Renamo, a averti que cette loi ne doit pas devenir un moyen pour le gouvernement d’intensifier sa mainmise sur les institutions, mais plutôt un catalyseur pour une réelle décentralisation du pouvoir.
Pour l’opposition, cette loi représente une opportunité de renouveau politique, notamment pour le parti Podemos, qui y voit un geste de réconciliation. Cependant, le silence de Venancio Mondlane, candidat malheureux à la présidence, sur cette réforme soulève des interrogations. Bien qu’exclu des négociations initiales, Mondlane a rencontré récemment le président Chapo, mais n’a pas encore pris position publiquement. Sa réponse pourrait être déterminante pour l’adhésion totale à ces réformes, dans un contexte où une partie de l’opposition cherche encore à affirmer ses droits après les élections contestées.