Le président burundais Évariste Ndayishimiye a été désigné, le 18 juillet, Envoyé spécial de l’Union africaine (UA) pour le Sahel. Cette nomination intervient dans le cadre de la médiation conduite par le président angolais João Lourenço, en vue de rétablir un dialogue avec les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), actuellement suspendus de l’organisation panafricaine.
L’objectif de cette initiative est clair : sortir de l’impasse institutionnelle provoquée par les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, tout en engageant une nouvelle dynamique de coopération sécuritaire. Dans ce sens, Ndayishimiye aura pour mandat de dialoguer avec les autorités de transition, la société civile, les organisations régionales et les partenaires internationaux afin de construire un consensus en faveur de la paix et de la lutte contre le terrorisme, un fléau qui continue de déstabiliser la région.
Depuis leur suspension par l’UA, les trois pays de l’AES ont resserré leurs rangs face aux critiques et sanctions extérieures, notamment celles de la Cédéao. Ils reprochent à l’organisation panafricaine leur exclusion, illustrée par l’absence du Niger lors d’un sommet tenu début 2025 sous la présidence de Moussa Faki Mahamat. Le changement à la tête de la Commission — désormais dirigée par Mahmoud Ali Youssouf — marque également une tentative de renouvellement du dialogue.
La diplomatie angolaise tente d’opérer un équilibre délicat : maintenir les principes institutionnels de l’UA tout en ouvrant des canaux de discussion avec les pouvoirs de transition. La récente nomination de Mamadou Tangara comme Représentant spécial de la Commission de l’UA à Bamako vient renforcer cette orientation. Elle signale la reconnaissance d’une réalité politique sur le terrain, au-delà des condamnations de principe.
João Lourenço, déjà actif dans la médiation entre la RDC et le Rwanda, s’affirme comme une figure centrale des efforts diplomatiques sur le continent. En positionnant l’Angola comme un acteur pivot dans la résolution de crises régionales, il ambitionne de redéfinir les équilibres internes de l’UA, longtemps dominés par l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb.
Pour l’UA, cette manœuvre vise avant tout à éviter l’isolement de la région sahélienne dans un moment critique. La montée des violences, l’échec des stratégies antérieures et la marginalisation croissante des États de l’AES pourraient ouvrir la voie à de nouvelles formes d’instabilité. Il devient donc urgent, selon plusieurs diplomates, de transformer la suspension en transition, et la condamnation en dialogue stratégique.