Le 9 août 2025, plusieurs milliers de personnes ont défilé dans la commune d’Abidjan, à Yopougon, pour manifester en faveur de l’inclusion de Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam dans la course présidentielle d’octobre prochain. Cette mobilisation, organisée par le Front commun regroupant le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), a vu des militants de divers horizons, unis dans leur appel à la réintégration de ces deux figures majeures de l’opposition sur la liste électorale. La manifestation a été pacifique, avec des slogans et des chants appelant au respect de la Constitution et à la fin du système actuel.
Les partisans de Gbagbo, qui portent des t-shirts à son effigie, et ceux de Thiam, affichant des chemises vertes à l’image du candidat, étaient nombreux à participer à cette marche symbolique. Bien que les deux leaders soient absents, leurs partisans ont porté leur voix, exigeant leur inscription sur la liste électorale afin qu’ils puissent se présenter à l’élection présidentielle. Judith, une manifestante, illustre l’objectif de cette mobilisation en déclarant : “Nous marchons pour que nos leaders participent à l’élection présidentielle”. Aux côtés des partisans de Gbagbo et Thiam, on trouve aussi ceux de Pascal Affi N’Guessan, qui soutient l’idée d’un dialogue politique pour résoudre la crise électorale.
Cette marche fait suite à une autre manifestation similaire en juin, également autorisée par les autorités ivoiriennes. Depuis la réconciliation politique de 2011, la question de la participation des leaders historiques de l’opposition aux élections est restée un sujet sensible. Gbagbo, ancien président, et Thiam, ancien ministre, ont longtemps été écartés du processus électoral par les autorités actuelles. Alors que le gouvernement affirme que la Constitution permet à Alassane Ouattara de briguer un quatrième mandat, les opposants remettent en question cette interprétation, arguant qu’elle viole les principes fondamentaux de la Constitution ivoirienne.
La mobilisation d’août pourrait marquer un tournant dans la dynamique politique du pays. Si les revendications du Front commun ne sont pas satisfaites, la situation pourrait se détériorer davantage, avec des risques de tensions sociales et politiques accrues à l’approche des élections. Le maintien de l’exclusion des leaders d’opposition pourrait entraîner une intensification des contestations et un durcissement du climat politique. À l’inverse, une réintégration de Gbagbo et Thiam pourrait contribuer à une stabilisation, mais également exacerber les luttes de pouvoir entre les différentes factions politiques.
Les critiques à l’encontre d’un possible quatrième mandat de Ouattara ne cessent de se multiplier. Nombreux sont ceux qui dénoncent ce qu’ils appellent une dérive autoritaire du pouvoir. Le président exécutif du PPA-CI, Sébastien Dano Djédjé, a exprimé sa désapprobation, qualifiant ce mandat d’”anticonstitutionnel”. Cette remise en question de la légitimité d’un nouveau mandat pourrait se traduire par des mouvements de protestation populaires à travers le pays, en particulier dans les bastions de l’opposition, comme Yopougon, où cette marche a trouvé un fort écho.
L’avenir politique de la Côte d’Ivoire dépendra en grande partie de la capacité du gouvernement et de l’opposition à dialoguer et à parvenir à un compromis. L’inclusion des leaders d’opposition dans le processus électoral pourrait ouvrir la voie à une véritable réconciliation nationale, mais cela nécessite un respect rigoureux de la Constitution et des principes démocratiques. L’issue de ce bras de fer pourrait bien être déterminante pour les relations entre le pouvoir en place et les différentes factions politiques, avec des conséquences potentiellement profondes sur la stabilité du pays.