La Coalition pour l’Alternance Pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI) subit un nouveau coup dur avec le retrait officiel du Mouvement des Générations Capables (MGC), dirigé par l’ancienne Première dame Simone Ehivet Gbagbo. Cette défection, officialisée par courrier le 6 janvier dernier, intervient quelques semaines après celle du Congrès Panafricain pour la Justice et l’Égalité des Peuples (COJEP) de Charles Blé Goudé, fragilisant considérablement la plateforme d’opposition lancée en mars 2025 pour rassembler une vingtaine de partis.
Dans sa lettre adressée au coordonnateur de la CAP-CI, Tidjane Thiam, Simone Ehivet justifie sa décision par des « choix stratégiques fortement discutables » de la coalition, qu’elle estime en décalage avec les valeurs de son mouvement. Ce départ est d’autant plus significatif que l’ancienne Première dame en était la porte-parole. La CAP-CI, qui militait notamment pour des réformes électorales et un dialogue politique avec le pouvoir, voit ainsi ses revendications portées par une structure affaiblie, tandis que ses appels sont restés sans réponse du gouvernement.
Ce nouvel éclatement s’inscrit dans une longue tradition de fragmentation de l’opposition ivoirienne, marquée par des alliances souvent circonstancielles et des désaccords personnels ou stratégiques récurrents. La CAP-CI elle-même était née d’une volonté de fédérer les forces non-alignées au pouvoir du RHDP et au Parti des Peuples Africains (PPA-CI) de Laurent Gbagbo. Elle devait incarner une voie alternative après les élections de 2025, remportées par le RHDP, mais a toujours pâti de l’absence des deux poids lourds historiques que sont le PDCI et le FPI dans sa forme originelle.
Les perspectives pour l’opposition structurée semblent particulièrement compromises à moyen terme. Ces défections successives risquent d’entraîner un effet d’entropie, affaiblissant la crédibilité de la CAP-CI auprès de l’électorat et des partenaires internationaux. À l’approche du cycle électoral local, la scène politique pourrait se polariser davantage entre le RHDP au pouvoir, le PPA-CI de Laurent Gbagbo qui conserve sa base, et une myriade de petits partis sans stratégie commune, rendant toute alternance par les urnes peu plausible.
Pour les observateurs, ce retrait était prévisible. Daniel Bony Claverie, vice-présidente de la CAP-CI et présidente de l’Union Républicaine pour la Démocratie, le qualifie même de « sans surprise ». Elle pointe des divergences stratégiques devenues insurmontables, notamment après la candidature de Simone Ehivet à la dernière présidentielle, perçue comme un acte individualiste marginalisant d’autres figures de la coalition. « Les divergences se sont corsées avec la candidature de Simone Ehivet à la présidentielle alors que de grandes figures étaient mises de côté », affirme-t-elle, constatant que l’opposition « émiettée » profite in fine au parti au pouvoir.
L’analyse du Dr César Flan Moquet, directeur du Centre de Recherche Politique d’Abidjan, corrobore ce diagnostic. Il voit dans les départs du MGC et du COJEP la conséquence directe de la double faiblesse de la CAP-CI : son incapacité à infléchir le rapport de force politique après les victoires du RHDP en 2025, et les profondes dissensions internes sur la stratégie à adopter. L’appel controversé à manifester contre le quatrième mandat du président Ouattara a notamment cristallisé ces tensions, exposant au grand jour l’absence de ligne commune face à un pouvoir solidement installé. Le silence du PDCI, pilote de la coalition, face au départ du MGC, en dit long sur les difficultés à maintenir une maison commune.



