Le gouvernement gabonais a officiellement levé, lundi 12 janvier, les lourdes sanctions qui frappaient l’équipe nationale de football et deux de ses joueurs emblématiques, Pierre-Emerick Aubameyang et Bruno Ecuele Manga. Cette décision, annoncée par la Fédération gabonaise de football (Fegafoot), met fin à une suspension générale de la sélection et écarte la mise à l’écart punitive des deux vétérans, décrétée au lendemain d’une élimination humiliante en Coupe d’Afrique des Nations (CAN).
Cette mesure de clémence intervient après une suspension de moins de deux semaines. L’équipe des Panthères, dissoute dans la foulée de son parcours catastrophique au Maroc où elle a enchaîné trois défaites en phase de groupes, est donc réhabilitée. La réintégration d’Aubameyang, attaquant vedette, et d’Ecuele Manga, défenseur expérimenté, symbolise un revirement complet. Leur exclusion avait été perçue comme un bouc émissaire désigné pour des échecs collectifs.
Ce fiasco sportif s’est produit dans un contexte politique gabonais particulièrement sensible, quelques mois seulement après la prise de pouvoir par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) dirigé par le général Brice Oligui Nguema. Pour le nouveau régime, cherchant à asseoir sa légitimité, la performance de l’équipe nationale revêtait une dimension symbolique forte. Le président Oligui lui-même avait déploré qu’une “part de l’identité nationale” se trouve “fragilisée”, illustrant le poids politique du football.
La justification avancée pour ce retour en arrière est avant tout calendaire. Le nouveau ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany, nommé lors d’un récent remaniement, a invoqué “l’urgence des prochaines échéances”, principalement le tirage au sort des éliminatoires de la CAN 2027. La priorité est désormais de reconstruire une équipe compétitive dans des délais contraints, ce qui implique de pouvoir à nouveau compter sur tous les joueurs éligibles, expérimentés inclus.
Cette levée de sanctions souligne les tensions récurrentes entre pouvoir politique et gestion sportive au Gabon. L’interventionnisme étatique dans le football, matérialisé par des sanctions brutales puis leur annulation rapide, est souvent critiqué pour son aspect contre-productif. Elle évite cependant une crise plus profonde avec des joueurs influents et leur large base de supporters, dont l’indignation avait été vive.
La balle est maintenant dans le camp de la Fegafoot. Le ministre Kessany, ancien international lui-même, lui a demandé de “prendre toutes les dispositions nécessaires” pour nommer un nouveau staff technique. Le défi est colossal : reconstruire un projet sportif cohérent, restaurer la confiance et préparer les qualifications pour 2027, le tout sous le regard d’un pouvoir transitoire attentif à l’image du pays.
La réaction d’Aubameyang lors de sa mise à l’écart résumait un sentiment partagé : “Je pense que les problèmes de l’équipe sont bien plus profonds que la petite personne que je suis.” Le vrai travail commence maintenant. Il s’agit d’identifier et de résoudre ces problèmes structurels, bien au-delà du sort de deux joueurs, pour que les Panthères retrouvent leur fierté sur le terrain.



