Dans un contexte de blocage persistant des initiatives de paix, le président congolais Félix Tshisekedi s’est rendu à Lomé ce lundi 12 janvier pour une visite de travail avec le président togolais Faure Gnassingbé. L’entretien, d’une heure et demie, visait principalement à préparer une réunion de haut niveau prévue le 17 janvier dans la capitale togolaise, qui doit tenter de relancer le processus de résolution de la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo.
Cette rencontre du 17 janvier se veut une tentative de coordination des multiples médiations en cours. Elle rassemblera les facilitateurs désignés par l’Union africaine, d’anciens chefs d’État africains, ainsi que les médiateurs qatariens et américains. Des délégations de la RDC et du Rwanda sont également attendues. L’objectif officiel est d’évaluer l’efficacité des initiatives existantes et d’améliorer leur cohérence, face à un constat largement partagé : aucune avancée concrète n’a été enregistrée sur le terrain malgré près d’un an d’efforts diplomatiques.
Cette course contre la montre diplomatique s’inscrit dans une crise chronique. L’est de la RDC est en proie depuis près de trente ans à la violence de dizaines de groupes armés, dont certains, comme le M23, sont accusés par Kinshasa d’être soutenus par le Rwanda, ce que Kigali dément. Face à cette situation, une pléthore de mécanismes a été déployée : une facilitation régionale dirigée par l’ancien président kényan Uhuru Kenyatta, une mission militaire de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) désormais en cours de retrait, une force de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) en déploiement, et une médiation de l’UA confiée à cinq anciens chefs d’État, dont Faure Gnassingbé comme médiateur principal entre la RDC et le Rwanda.
Les perspectives immédiates se cristallisent autour de deux échéances. La réunion de Lomé du 17 janvier constitue un test décisif pour la crédibilité de la médiation africaine. Son succès ou son échec sera scruté avant le prochain sommet de l’Union africaine, prévu en février, auquel Faure Gnassingbé devra présenter un rapport. Le médiateur togolais attend du groupe de facilitateurs des propositions de mesures urgentes pour désamorcer la crise, conformément aux directives du Conseil de paix et de sécurité de l’UA. L’enjeu est d’éviter que la région ne sombre davantage dans un conflit ouvert entre la RDC et le Rwanda.
L’implication personnelle de Faure Gnassingbé dans ce dossier est notable. En tant que médiateur désigné par l’UA, sa légitimité et son influence régionale sont en partie engagées sur la capacité à produire des résultats tangibles. La tenue de cette réunion à Lomé, et la consultation préalable avec Tshisekedi, soulignent le rôle actif que cherche à jouer le Togo sur la scène diplomatique continentale, au-delà de sa sphère d’influence ouest-africaine habituelle.
Cependant, le scepticisme reste de mise. Les sources proches des discussions soulignent que les deux présidents ont constaté l’absence de désescalade et le manque de progrès des principales initiatives. La multiplication des acteurs internationaux (Qatar, États-Unis) et régionaux, sans coordination claire, a souvent contribué à la confusion plutôt qu’à une résolution. Le principal défi de la réunion du 17 janvier sera donc de passer du constat d’échec à l’action concertée, dans un conflit où les logiques de guerre semblent trop souvent l’emporter sur les dynamiques de paix.



