De violents combats ont éclaté mardi 13 janvier à Korbol, dans la région du Moyen-Chari au sud du Tchad, opposant l’armée nationale aux combattants du Mouvement pour la paix, la reconstruction et le développement (MPRD). Ces affrontements, qui ont duré toute la journée, ont provoqué des pertes humaines des deux côtés, marquant une rupture brutale après plusieurs mois de pourparlers de paix.
Les hostilités ont commencé en fin de matinée. Selon le secrétaire général du MPRD, Luc Beyam, l’armée s’est introduite dans la zone par la localité de Néou. Le mouvement rebelle affirme avoir retenu prisonniers trois émissaires gouvernementaux deux sous préfets et un chef de canton envoyés sur place pour poser un ultimatum. La version des faits diffère selon les camps. Le MPRD dénonce une tentative d’encerclement de ses positions depuis samedi, tandis qu’une source proche des autorités évoque une embuscade tendue par les rebelles. Luc Beyam assure que les pertes sont plus lourdes du côté de l’armée, une affirmation que les autorités, restées silencieuses, n’ont pas confirmée.
Ce regain de violence intervient dans un contexte de fragilité persistante au Tchad, où le pouvoir de transition issu de la mort du maréchal Idriss Déby Itno en avril 2021 doit faire face à des défis sécurités multiples. Le MPRD, actif dans le sud du pays près de la frontière centrafricaine, est l’un des derniers groupes politico-militaires significatifs à ne pas avoir signé d’accord de paix définitif avec l’État. Les autorités de transition ont fait de la réconciliation nationale et du désarmement des groupes rebelles une priorité affichée, dans un pays régulièrement miné par des rébellions depuis son indépendance.
Les perspectives de sortie de crise semblent soudainement assombries. Ces combats mettent en péril les négociations en cours, qui visaient précisément à obtenir la reddition des armes du MPRD. Le groupe rebelle accuse désormais le gouvernement de vouloir le forcer à une capitulation sans contrepartie, jetant une lumière crue sur l’échec des discussions. La situation pourrait dégénérer en un nouveau front de tensions stables dans le sud, une région stratégique, compliquant davantage la tâche du gouvernement de transition à moins d’un an de la tenue d’élections présidentielles promises.
L’opacité demeure totale du côté des autorités officielles, qui n’ont pas souhaité commenter les événements, alimentant les spéculations sur la stratégie réelle de N’Djamena. Cette réticence à communiquer contraste avec la rhétorique d’ouverture et de dialogue souvent affichée.
En définitive, les affrontements de Korbol révèlent les limites du processus de paix tchadien. Ils illustrent la difficulté à concilier la demande de sécurité de l’État, qui exige le désarmement des groupes, avec les revendications politiques et sécuritaires de ces derniers. La suite des événements, qu’il s’agisse d’une escalade militaire ou d’une reprise des négociations sous pression, constituera un test crucial pour la stabilité du pays et la crédibilité de sa transition politique.



