L’administration du président américain Donald Trump a annoncé, mercredi 14 janvier, la suspension immédiate du traitement de tous les visas d’immigration permanente, communément appelés « cartes vertes », pour les ressortissants de 75 pays. Cette mesure radicale, justifiée par la volonté de « mettre fin aux abus du système d’immigration », marque une escalade significative dans la politique de restriction migratoire menée depuis le retour de Trump à la Maison Blanche.
Concrètement, le département d’État américain gèle toute nouvelle procédure pour les visas d’immigrant dans les pays concernés, en attendant une réévaluation complète des procédures. L’objectif officiel est d’« empêcher l’entrée de ressortissants étrangers qui pourraient bénéficier de l’aide sociale ». Si la liste exhaustive n’a pas été publiée, des sources médiatiques et des fuites indiquent que plusieurs pays africains (Somalie, Nigeria, Égypte), du Moyen-Orient (Iran, Irak, Yémen, Afghanistan), d’Amérique latne (Brésil) et d’Asie (Thaïlande) sont dans le collimateur. Les visas non-immigrants, comme les visas touristiques ou d’affaires, restent pour l’instant épargnés.
Cette décision s’inscrit dans la continuité idéologique et politique du premier mandat de Donald Trump, marqué par le décret « Muslim Ban » et une rhétorique constamment hostile à l’immigration extra-européenne. Elle intervient dans un contexte où l’administration a déjà battu des records en matière de restrictions : plus de 100 000 visas révoqués et plus de 605 000 expulsions au cours de la dernière année. Les déclarations du président, qui a qualifié par le passé les Somaliens de « déchets » et exprimé sa préférence pour une immigration scandinave, fournissent le cadre idéologique de cette politique ciblée.
Les perspectives à court terme sont celles d’un blocage durable pour des dizaines de milliers de candidats à l’immigration légale. Le gel, qui doit débuter le 21 janvier selon une source anonyme citée par l’AFP, pourrait durer le temps d’une refonte arbitraire des critères d’admission. À plus long terme, cette politique risque d’affecter profondément les diasporas concernées, de diviser des familles et d’entacher l’image des États-Unis comme terre d’immigration. Elle pourrait également servir de levier dans les négociations bilatérales avec les pays touchés.
Au-delà de l’annonce, la méthode interroge. L’absence de liste officielle complète et la communication via des réseaux sociaux et des fuites créent un climat d’incertitude et d’arbitraire. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a relayé un article de Fox News sur le réseau X pour officialiser la position, illustrant une stratégie de communication qui contourne les canaux traditionnels. Cette opacité est dénoncée par les associations de défense des droits des migrants, qui y voient une tactique pour éviter un débat public structuré et des recours juridiques immédiats.
L’impact démographique et économique de cette mesure pourrait être substantiel. Les pays ciblés fournissent historiquement une partie importante de la main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée, ainsi que des étudiants, aux États-Unis. En gelant les visas permanents, l’administration Trump privilégie une vision purement utilitariste et temporaire de l’immigration, via les visas de travail temporaires, tout en fermant la porte à l’installation définitive. Cette approche remet en cause le modèle traditionnel d’intégration par la carte verte et pourrait, à terme, rediriger les flux migratoires et les talents vers d’autres destinations.



