Le principal opposant ougandais, Robert Kyagulanyi Ssentamu, dit Bobi Wine, a accusé le pouvoir en place d’avoir orchestré une fraude électorale massive lors du scrutin présidentiel et législatif du jeudi 15 janvier. Il a dénoncé des « bourrages massifs d’urnes » et une répression ciblée, appelant la communauté internationale à ne pas reconnaître la légitimité du régime sortant.
Dans une déclaration publiée le jour même du vote, le leader de la Plateforme de l’unité nationale (NUP) a énuméré une série de violations présumées. Celles-ci incluent, selon lui, des coupures d’internet, des pannes généralisées des systèmes biométriques de vérification des électeurs, l’enlèvement ou l’expulsion d’agents électoraux, ainsi que l’arrestation de responsables de l’opposition, dont son vice-président pour la région Ouest. Bobi Wine a exhorté les Ougandais à « rejeter ce régime criminel » et qualifié le gouvernement de « régime du sang et de la honte ».
Ces accusations surviennent dans un contexte politique extrêmement tendu, marqué par le long règne du président Yoweri Museveni, au pouvoir sans interruption depuis 1986 et à nouveau candidat. Ces dernières années, la répression contre l’opposition, et notamment contre Bobi Wine, figure montante de la contestation, s’est considérablement accentuée. Les rassemblements publics de la NUP ont été systématiquement entravés ou interdits, et ses militants souvent arrêtés, créant un climat d’intimidation à l’approche du scrutin.
Les perspectives immédiates sont celles d’un contentieux électoral profond et d’une probable contestation des résultats par l’opposition. L’appel de Bobi Wine à la communauté internationale place les capitales étrangères, en particulier les partenaires traditionnels de l’Ouganda, dans une position délicate. Leur réaction, qu’elle soit une reconnaissance rapide des résultats ou des réserves sur la crédibilité du processus, aura des implications majeures sur la légitimité perçue du prochain gouvernement et sur la stabilité politique du pays.
Les inquiétudes sur l’équité du processus électoral avaient été soulevées bien avant le jour du vote, par des organisations de défense des droits humains et certains observateurs. Le climat pré-électoral a été marqué par des arrestations arbitraires, des restrictions imposées aux médias indépendants et une violence politique récurrente. Cette situation a alimenté les craintes d’un scrutin joué d’avance et d’un nouveau verrouillage de l’espace démocratique.
Au-delà de la candidature de Bobi Wine, le scrutin comptait d’autres prétendants, comme Nathan Nandala Mafabi du Forum pour le changement démocratique (FDC) ou l’ancien général Mugisha Muntu de l’Alliance pour la transformation nationale (ANT). Toutefois, la dynamique de l’élection s’est largement cristallisée autour d’un duel entre la vieille garde incarnée par Museveni et une jeunesse urbaine mobilisée derrière Bobi Wine, rendant les enjeux de transparence encore plus critiques. La réponse des autorités électorales aux multiples accusations formulées sera un premier test pour la suite du processus.



