Le président tchadien, le général Mahamat Idriss Déby Itno, est le lauréat du Prix Africain pour la Paix 2026. Cette décision, annoncée par la Conférence Africaine pour la Paix, récompense officiellement sa gestion de la transition politique au Tchad et l’ouverture humanitaire de son pays aux réfugiés fuyant la guerre au Soudan voisin.
Le comité du prix, réuni au siège des Nations Unies à Genève, a justifié son choix unanime en mettant en avant deux axes majeurs. Sur le plan interne, il a salué l’adoption du dialogue comme outil stratégique pour résoudre les différends et le renforcement de l’unité nationale dans un contexte post-transitionnel sensible. Sur le plan régional, le comité a retenu la politique d’accueil exceptionnelle des réfugiés soudanais, avec l’ouverture inconditionnelle des frontières et la création de corridors humanitaires dans l’est du pays, une décision qualifiée d’avoir sauvé « des centaines de millies de vies ».
Ce prix survient dans un contexte tchadien encore marqué par une transition controversée. Mahamat Déby Itno a pris le pouvoir en avril 2021 à la suite de la mort de son père, Idriss Déby Itno, après trente ans de règne, à la tête d’un Conseil Militaire de Transition. Il a ensuite été élu président en mai 2024, lors d’un scrutin dont l’opposition a contesté la régularité. Parallèlement, le Tchad, l’un des pays les moins développés au monde, fait face depuis avril 2023 à un afflux massif de réfugiés soudanais fuyant le conflit entre l’armée régulière et les Forces de Soutien Rapide, dépassant ses propres capacités économiques et sociales.
Les implications de cette distinction sont à double tranchant. Sur la scène internationale, elle consolide la légitimité et l’image du président tchadien, présenté comme un acteur de stabilité dans une région du Sahel en proie aux coups d’État et aux crises. Elle pourrait également faciliter le déblocage de fonds internationaux pour soutenir N’Djamena dans la gestion de la crise des réfugiés. En interne, cette reconnaissance extérieure pourrait être instrumentalisée pour renforcer l’autorité du régime face à une opposition politique marginalisée et une société civile souvent réprimée, en décalage avec les critiques sur les libertés démocratiques.
L’analyse des rapports cités par le comité révèle un paradoxe. D’un côté, les organisations humanitaires et le HCR ont effectivement salué la réponse immédiate et généreuse des autorités et des communautés locales tchadiennes, où une part significative des réfugiés a été directement intégrée. De l’autre, cette politique humanitaire contraste avec la gestion politique nationale, où le dialogue, loué par le prix, reste sélectif et où l’espace politique s’est rétréci depuis la fin de la transition. Cette dualité interroge sur les critères d’attribution du prix, qui semblent privilégier la stabilité et la réponse à une crise humanitaire aiguë sur l’approfondissement démocratique.
Le Prix Africain pour la Paix s’inscrit dans une diplomatie d’influence portée par des acteurs comme le Forum d’Abu Dhabi pour la Paix. En plaçant le Tchad en modèle de « générosité africaine », la distinction envoie un message politique continental, valorisant une forme de leadership étatique et de solidarité Sud-Sud. La cérémonie de remise du prix, prévue à Nouakchott sous le haut patronage du président mauritanien, confirmera cette dimension stratégique et diplomatique de la récompense.



