Treize pays africains génèrent désormais plus de 10% de leur électricité à partir de l’énergie solaire, selon le rapport « Africa Solar Outlook 2026 » de l’Association africaine de l’industrie solaire (AFSIA). Publié ce mercredi 14 janvier, le document révèle que la République centrafricaine, le Tchad et la Somalie sont en tête de ce classement, avec des parts dépassant 32%. Cette progression notable ne doit cependant pas masquer le retard global du continent, qui ne représenterait encore qu’environ 2,6% des capacités solaires installées dans le monde.
Le podium est occupé par des pays dont les réseaux électriques sont limités, faisant du solaire une solution cruciale. La Centrafrique arrive en tête avec 37,7% de son mix électrique, suivie du Tchad (36,7%) et de la Somalie (32,4%). Viennent ensuite la Sierra Leone, la Namibie, la Mauritanie, les Comores, le Soudan du Sud, le Burkina Faso et le Malawi, tous entre 11% et 18%. L’Afrique du Sud, l’Érythrée et le Cap-Vert complètent cette liste des treize. Au total, vingt-trois nations du continent produisent au moins 5% de leur électricité via le soleil.
Ce déploiement contraste avec l’immense potentiel photovoltaïque africain, estimé à 60% des ressources mondiales. Le continent reste en retard sur d’autres régions en matière d’installations solaires à grande échelle. En 2025, l’Afrique n’a ajouté que 2,4 gigawatts (GW) de nouvelles capacités, une baisse de 35% par rapport à 2024, portant le total officiellement recensé à 23,4 GW. Ce chiffre inclut les grandes centrales, les installations commerciales et industrielles, les mini-réseaux et les systèmes domestiques.
Les perspectives de croissance pourraient être radicalement transformées par deux facteurs. Premièrement, les données sur les exportations chinoises de panneaux solaires suggèrent que les capacités installées réelles sont largement sous-évaluées. Deuxièmement, l’essor attendu des systèmes de stockage par batterie (BESS) devrait résoudre le défi de l’intermittence. Le coût de l’électricité solaire stockée pour une disponibilité continue chute, la rendant compétitive face aux combustibles fossiles, notamment dans les pays dépendants des importations.
Une révision majeure des chiffres est en cours. En croisant les données du think tank Ember sur les exportations chinoises, qui représentent 90% du marché des équipements, l’AFSIA estime que près de 64 GW de capacités solaires pourraient être installés en Afrique. Cette estimation, extrapolée à partir des 58,1 GW exportés par la Chine vers l’Afrique depuis 2017, indique que le parc solaire continental serait en réalité près de 2,75 fois plus important que les précédentes évaluations. La part de l’Afrique dans le solaire mondial passerait ainsi de 0,7% à environ 2,6%.
Cette croissance cachée est le fait d’une myriade de petits projets, souvent hors radar des statistiques officielles. L’AFSIA reconnaît que sa méthodologie ne capture pas pleinement ce dynamisme décentralisé. Parallèlement, la baisse des coûts du stockage ouvre de nouveaux horizons. Produire une électricité solaire disponible 24h/24 reviendrait désormais à environ 76 dollars le MWh, un prix compétitif. Des projets solaires intégrant du stockage émergent déjà pour alimenter des sites industriels ou de grandes centrales, des applications jusqu’alors jugées non viables.
Le rapport souligne donc une dualité. D’un côté, une percée solaire tangible, portée par une diversité de solutions et une compétitivité accrue. De l’autre, un retard persistant à l’échelle continentale, où le fossé entre le potentiel et la réalité des capacités installées reste abyssal. L’enjeu des prochaines années résidera dans la capacité des gouvernements et des investisseurs à catalyser cette transition, en structurant les filières et en facilitant l’intégration des technologies de stockage pour libérer enfin le potentiel énergétique du continent.



