Le Groupe africain aux Nations unies a récemment réitéré avec fermeté sa demande historique d’une réforme profonde du Conseil de sécurité. Dans un communiqué officiel, le collectif, présidé actuellement par le Lesotho, exige l’octroi à l’Afrique d’au moins deux sièges permanents assortis du droit de veto, ainsi que cinq sièges non permanents supplémentaires. Cette position, formulée à l’approche du Sommet du futur de septembre 2024, marque une volonté renouvelée du continent de briser l’immobilisme qui entoure ce dossier.
La revendication s’appuie sur deux textes fondateurs : le Consensus d’Ezulwini (2005) et la Déclaration de Syrte (2005). Le Groupe africain ne se contente pas d’une simple représentation accrue. Il critique une architecture internationale « non représentative » et anachronique, jugée incapable de refléter les réalités géopolitiques du XXIe siècle. Parallèlement, il lie cette réforme politique à des enjeux de développement, déplorant les « progrès insuffisants » vers les Objectifs de développement durable (ODD) en Afrique, et demande un soutien concret de l’ONU aux initiatives continentales.
Ce plaidoyer s’inscrit dans un débat vieux de plusieurs décennies, mais qui a gagné en acuité avec les crises internationales récentes. Le Conseil de sécurité, figé dans sa composition de 1945 avec cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), est perçu comme un symbole d’injustice et d’inefficacité par la majorité des États membres. L’Afrique, qui représente 28% des membres de l’ONU et une part croissante de sa population et de son économie, n’a jamais eu de siège permanent, une aberration qui mine la légitimité de l’instance.
Les perspectives immédiates restent néanmoins incertaines. Toute réforme du Conseil de sécurité nécessite l’approbation des cinq membres permanents actuels, dont plusieurs sont réticents à diluer leur privilège. Le « Sommet du futur » de septembre pourrait servir de catalyseur pour des négociations formelles, mais les divisions internes à l’Union africaine sur la désignation des futurs représentants, ainsi que les rivalités entre autres prétendants (Inde, Brésil, Allemagne, Japon), compliquent toute avancée rapide. Le risque est que cette nouvelle insistance se heurte, une fois encore, au mur des intérêts établis.
Au delà des sièges, l’enjeu est stratégique. L’Afrique cherche à transformer sa présence numérique à l’ONU en un pouvoir de décision effectif, notamment sur les questions de paix et de sécurité qui la concernent directement. La demande d’« actions concrètes » vise aussi le pilier développement, alors que les financements internationaux peinent à suivre les engagements. Cette approche intégrée, mêlant gouvernance et développement, constitue la nouveauté de la position africaine, qui ne dissocie plus sécurité et prospérité.
L’efficacité de cette offensive diplomatique dépendra de la capacité du continent à maintenir une unité de façade et une pression constante. Les prochains mois seront décisifs pour tester la volonté réelle de la communauté internationale de rendre les institutions multilatérales plus inclusives. L’alternative, souvent évoquée par des analystes, serait un affaiblissement accru de l’ONU et une tentation pour les puissances africaines de privilégier des cadres régionaux ou des partenariats bilatéraux, au détriment d’un système collectif déjà fragilisé.



