La direction du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) a annoncé son boycott pur et simple des prochaines élections législatives et municipales, une décision qui suscite des tensions au sein même de ses rangs. Chris Manengs, ancien directeur de campagne de son leader Issa Tchiroma Bakary, estime que cette absence « sera néfaste » pour les militants qui aspiraient à se porter candidats.
Dans un communiqué daté du 15 janvier, le FSNC, par la voix de sa porte-parole Maître Alice Nkom, a affirmé qu’il « n’ira ni aux élections législatives, ni aux élections municipales » et qu’il refusera d’investir tout membre s’écartant de cette ligne. Cette position stricte intervient alors que de nombreux sympathisants, galvanisés par la candidature présidentielle de Tchiroma en octobre dernier, espéraient briguer des sièges locaux et nationaux, créant ainsi un fossé entre la base militante et la direction du parti.
Ce bras de fer s’inscrit dans le contexte post-électoral de la présidentielle de 2024, remportée par Paul Biya pour un huitième mandat. Issa Tchiroma Bakary, en exil en Gambie, conteste ce résultat et se proclame « président légitime ». La stratégie de boycott radical du FSNC est présentée comme un refus de légitimer des institutions qu’il juge illégitimes, une approche classique mais risquée dans un système politique camerounais où l’opposition parlementaire peine à exister.
Les conséquences de cette abstention pourraient être lourdes pour le mouvement. Elle risque de marginaliser durablement le FSNC sur l’échiquier politique local, de laisser le champ libre à d’autres formations et, surtout, de décourager et de disperser sa base militante. Chris Manengs craint que ces « leaders de demain », désormais « orphelins », ne soient « envahis par d’autres partis politiques », fragilisant à terme la structure même de l’opposition.
Pour tenter de contourner cette impasse, Chris Manengs avance une solution intermédiaire. Il propose la création d’une « plateforme » distincte du FSNC pour soutenir et encadrer les candidats souhaitant tout de même se présenter. Cette initiative révèle une fracture stratégique profonde : faut-il continuer à contester le régime de l’extérieur par le boycott, ou tenter de l’infléchir de l’intérieur en participant aux institutions, même imparfaites ?
L’enjeu dépasse le seul FSNC et interroge la tactique de l’opposition camerounaise dans son ensemble. Alors que la date des scrutins n’est pas encore officialisée, cette crise interne illustre les dilemmes récurrents auxquels sont confrontés les partis d’opposition : le choix entre la pureté idéologique et la recherche d’une influence pratique. L’absence du FSNC pourrait paradoxalement renforcer le système en place en réduisant encore un peu plus la représentation de voix dissidentes dans les arènes législatives et municipales.



