Le président ivoirien Alassane Ouattara a officiellement reconduit Robert Beugré Mambé au poste de Premier ministre, ce mercredi 21 janvier. Cette décision confirme à la tête du gouvernement une figure majeure du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), un mois après la victoire écrasante de la coalition présidentielle aux élections législatives.
Âgé de 74 ans, Robert Beugré Mambé conserve ainsi les rênes de l’exécutif, un poste qu’il occupe depuis octobre 2023. Contrairement à sa première nomination, jugée surprenante à l’époque, sa reconduction était largement attendue par les observateurs politiques. Elle récompense une gestion perçue comme efficace, marquée notamment par la supervision de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations en 2024 et par la conduite du Programme National de Développement (PND). Élu député de Songon en décembre, il incarne l’ancrage territorial et la loyauté au pouvoir.
Cette nomination s’inscrit dans un double contexte. Politiquement, elle intervient après la démission protocolaire du gouvernement suivant les législatives et consolide l’hégémonie du RHDP, qui contrôle l’Assemblée nationale. Historiquement, elle s’articule avec la promesse du président Ouattara d’opérer une “transition générationnelle” lors de son quatrième et dernier mandat constitutionnel. La reconduction d’un proche collaborateur, expérimenté et rodé aux rouages de l’État, vise à assurer la stabilité et la continuité des politiques publiques dans cette phase délicate.
La principale inconnue désormais réside dans la composition du nouveau gouvernement, attendue dans les prochains jours. Les observateurs scrutent particulièrement la manière dont Alassane Ouattara arbitrera entre la fidélité aux cadres expérimentés et l’injection de nouvelles figures, plus jeunes, censées incarner le renouveau annoncé. L’élection récente de l’ancien Premier ministre Patrick Achi à la présidence de l’Assemblée nationale est un premier indice de ce rééquilibrage en cours au sein de l’élite dirigeante.
Pour Kobénan Kouassi Adjoumani, porte-parole du RHDP, le choix de Robert Beugré Mambé est une évidence. Il souligne que “le président a besoin d’un homme assidu, travailleur, qui sait prendre ses responsabilités”. Ce discours met en avant les qualités de gestionnaire et de fidèle exécutant du Premier ministre, perçu comme un garant de la stabilité plus que comme un réformateur audacieux.
Le maintien de Beugré Mambé à Matignon suscite cependant des interrogations sur le rythme et la portée réelle de la fameuse transition générationnelle. Si le sommet de l’exécutif reste pour l’instant entre des mains familières, toute l’attention se porte désormais sur la future équipe ministérielle. Elle devra concilier l’expérience des “ténors” historiques du parti et l’aspiration à un renouvellement des visages et des méthodes, dans un pays où plus de 60% de la population a moins de 25 ans.
Ainsi, au-delà de la simple continuité administrative, la reconduction de Robert Beugré Mambé constitue un message politique fort. Elle symbolise la prééminence de la stabilité et de la maîtrise du processus de développement dans l’immédiat, tout en reportant à plus tard les annonces concernant le renouvellement profond de la classe dirigeante. La composition du prochain gouvernement sera donc lue comme le véritable baromètre des intentions du président Ouattara pour la suite de son mandat.



