A Davos, la Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock, a lancé un vigoureux plaidoyer pour défendre l’organisation face à ce qu’elle a qualifié d’attaques directes. Cette défense intervient dans un climat de défiance accru envers le multilatéralisme, récemment illustré par les propos de l’ancien président américain Donald Trump évoquant la création d’une structure alternative aux Nations Unies.
Lors d’une session du Forum économique mondial consacrée à la confiance internationale, Annalena Baerbock n’a pas minimisé la crise. Elle a reconnu que l’ONU était “carrément attaquée”. Pour y répondre, elle a présenté la Charte des Nations Unies comme “l’assurance-vie collective du monde” et a rappelé le caractère unique de l’Assemblée générale, où les 193 États membres disposent d’une voix égale. Elle a insisté sur le fait que sans ces règles communes, le monde risquait de sombrer dans le chaos et la loi du plus fort.
Cette mise en garde solennelle s’inscrit dans une période de tension extrême pour l’ordre international. Les institutions multilatérales, de l’ONU à l’OMS en passant par l’OMC, subissent des pressions historiques, entre guerres en Europe et au Moyen-Orient, remise en cause des juridictions internationales, et montée des souverainismes. La crédibilité et l’efficacité du Conseil de sécurité, paralysé par le droit de veto de ses membres permanents, sont régulièrement questionnées, alimentant les discours critiques et les appels à une réforme profonde du système.
Face à cette érosion, la dirigeante onusienne a appelé à la formation d’une “alliance interrégionale” entre acteurs politiques et économiques pour défendre l’ordre fondé sur des règles. Cet appel traduit une volonté de mobiliser au-delà des seuls cercles diplomatiques, en associant le secteur privé et la société civile. La perspective immédiate est celle d’une bataille narrative et politique pour préserver la pertinence de l’ONU, tandis que des initiatives parallèles, comme le “Conseil de la paix” évoqué par Donald Trump, pourraient gagner en audience si les blocages persistent.
Le Secrétaire général António Guterres, absent de Davos, a apporté son soutien depuis New York via les réseaux sociaux. Il a fermement rappelé que la Charte était “le fondement des relations internationales”, un “pacte qui lie tous” les pays. Ses mots, visant explicitement les dirigeants qui “bafouent le droit international”, renforcent le message de Baerbock et soulignent l’unité de la direction onusienne face à cette crise de légitimité.
Cependant, le défi dépasse la simple rhétorique de défense. Les observateurs notent que pour regagner la confiance perdue, l’ONU et ses membres devront concrétiser des avancées sur des dossiers où l’impuissance est criante, comme les conflits israélo-palestinien et ukrainien, ou la réforme du Conseil de sécurité. L’appel de Davos marque donc moins un tournant qu’un signal d’alarme renforcé. L’avenir du multilatéralisme se jouera moins dans les forums élitistes que sur la capacité à produire des résultats tangibles en faveur de la paix et de la sécurité collectives.



