L’Union africaine a estimé, jeudi, que la Guinée était prête à retrouver sa place au sein de l’organisation. Cette position fait suite à l’élection présidentielle organisée par les autorités de la transition et à la récente investiture du président Mamadi Doumbouya. Le pays était suspendu depuis le coup d’État de septembre 2021.
Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a reçu le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, à Addis-Abeba. Il a salué « la trajectoire positive » de la Guinée et les progrès vers une transition « inclusive ». Youssouf a explicitement déclaré que le pays était prêt à « reprendre pleinement sa place » au sein de l’organisation panafricaine. Il a donc exhorté l’UA et la communauté internationale à envisager la levée des sanctions imposées après le putsch.
Cette évolution intervient dans un contexte où l’UA, depuis deux décennies, peine à imposer une doctrine cohérente face aux changements anticonstitutionnels de régime. La Guinée, suspendue après la prise de pouvoir par la junte menée par Mamadi Doumbouya, représente un cas test. L’institution avait conditionné toute normalisation à la tenue d’élections crédibles et à un retour à l’ordre constitutionnel. Le scrutin présidentiel du début décembre, remporté par Doumbouya avec 86,72% des voix selon la Cour suprême, bien que très critiqué par une opposition marginalisée et la société civile, a été présenté par l’UA comme s’étant déroulé « dans le calme et la sérénité ».
La perspective immédiate est une levée prochaine de la suspension de la Guinée, probablement lors du prochain sommet des chefs d’État. Mahmoud Ali Youssouf a plaidé en ce sens, affirmant que cela « contribuera à créer les conditions favorables » à la reconstruction du pays. Cette réintégration pourrait marquer un précédent pour d’autres pays sous sanction, comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger, actuellement dirigés par des juntes. Le président de la Commission a d’ailleurs encouragé le partage des enseignements tirés des transitions guinéenne et gabonaise.
Cette position de l’UA semble acter une forme de réalpolitik, privilégiant la stabilité et l’engagement du dialogue avec les régimes de fait une fois un processus électoral formel achevé. Elle suscite cependant des interrogations sur la profondeur réelle de la transition démocratique en Guinée, où l’espace politique reste contraint. L’appel à la levée des sanctions internationales vise aussi à débloquer une aide économique cruciale pour un pays frappé par une crise sociale profonde.
La réponse de la communauté internationale, notamment des partenaires occidentaux et de la CEDEAO, sera scrutée. Si l’UA valide la légitimité du processus, elle exerce une pression forte pour une normalisation diplomatique complète. Le ministre Kouyaté a pour sa part exprimé « la profonde reconnaissance » de Conakry pour l’accompagnement de l’UA. Le véritable défi pour les nouvelles autorités guinéennes sera désormais de traduire cette réintégration politique en améliorations concrètes pour une population dont le « bien-être », invoqué par l’UA, reste à consolider.



