Trois ans après l’assassinat brutal du journaliste camerounais Martinez Zogo, son procès peine à avancer, laissant sa famille et ses proches dans un deuil impossible, son corps étant toujours sous scellés. Le procès, qui se déroule devant le tribunal militaire de Yaoundé, s’est ouvert formellement en mars 2024, mais les débats sur le fond n’ont réellement commencé qu’en septembre 2025, après d’interminables batailles procédurales.
L’enquête judiciaire a établi plusieurs éléments clés. Il est avéré que Martinez Zogo faisait l’objet d’une surveillance par des agents de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) et que son enlèvement, le 17 janvier 2023, a été perpétré par certains d’entre eux, agissant “hors cadre formel”. Les témoignages recueillis décrivent une opération visant à l’intimider. Le corps nu et atrocement mutilé de l’animateur a été découvert cinq jours plus tard dans un terrain vague en périphérie de la capitale. Le commissaire du gouvernement prévoit l’audition de plus de quarante témoins ; à ce jour, dix-huit ont été entendus.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte préoccupant pour la liberté de la presse et la sécurité des journalistes au Cameroun. Martinez Zogo animait sur Amplitude FM l’émission “Embouteillages”, un rendez-vous quotidien où il dénonçait avec virulence les malversations des élites, épargnant toutefois le président Paul Biya. Son assassinat rappelle cruellement le sort d’un autre journaliste, Samuel Wazizi, mort en détention en 2019 dans des circonstances non élucidées, et dont les proches attendent toujours justice et la restitution de la dépouille.
Les perspectives d’une justice rapide et complète semblent compromises. La procédure, avec des audiences espacées de trois semaines, est unanimement jugée trop lente. Si des agents de la DGRE ont reconnu leur implication dans l’enlèvement, les questions centrales des commanditaires et du mobile précis restent sans réponse. Angela Quintal, du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), estime que “la pleine responsabilité et une justice transparente restent hors de portée”. Le procès des dix-sept accusés, parmi lesquels figurent d’anciens hauts responsables, pourrait se prolonger indéfiniment.
Dans les coulisses de la justice, des analyses pointent la complexité d’une affaire impliquant les services de renseignement. “Les choses semblent être de plus en plus claires, même s’il y avait peut-être demain une responsabilité de la DGRE. Des individus ont pu agir en contournant les règles de fonctionnement de ce service d’intelligence”, avance Christophe Bobiokono, expert juridique. Cette théorie d’une initiative dévoyée au sein de l’appareil de sécurité, sans ordre formel, est scrutée mais ne convainc pas les observateurs qui réclament de remonter toute la chaîne de commandement.
Alors que la justice des hommes avance au ralenti, la douleur et l’hommage persistent. À Amplitude FM, la chapelle ardente érigée dans le hall après la mort du journaliste est toujours en place. Pour le troisième anniversaire, une émission spéciale a diffusé des témoignages d’anciens collègues et une interview de son fils, Arsène, qui a réclamé justice. Diane Zogo, sa veuve, affiche quant à elle une défiance totale envers le système judiciaire. “Je ne crois pas à la justice des hommes. Je crois à la justice divine”, a-t-elle déclaré lors d’une cérémonie commémorative, résumant le profond désenchantement qui entoure cette affaire.



