Les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ont adopté, jeudi à Brazzaville, un plan d’urgence pour tenter de redresser une situation économique et financière régionale préoccupante. Cette série de mesures, prise lors d’une session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État, vise à assainir les finances publiques, renforcer la gouvernance monétaire et sécuriser les ressources de la zone.
Les décisions prises s’articulent autour de trois axes principaux. Sur le front budgétaire, les États sont sommés d’aligner leurs lois de finances sur leurs engagements pris avec le Fonds monétaire international (FMI) et d’améliorer la transparence de leurs statistiques financières. À moyen terme, l’accent est mis sur le rapatriement obligatoire dans la zone des avoirs publics détenus à l’étranger et des recettes d’exportation des entreprises, en particulier dans le secteur extractif. Enfin, le secteur bancaire devra réduire son exposition au risque souverain, tandis que les trésors publics devront accélérer leur digitalisation et la mise en place de comptes uniques.
Cette réunion intervient dans un contexte de fragilité persistante de la zone CEMAC, malgré la reprise post pandémie et la hausse passée des cours des matières premières. La région reste sous la surveillance étroite du FMI, plusieurs pays ayant des programmes en cours ou en négociation. Les déséquilibres macroéconomiques, la faible diversification des économies, la dépendance aux hydrocarbures et des inquiétudes récurrentes sur la gouvernance financière et l’indépendance des institutions communes, comme la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), pèsent sur la stabilité et la crédibilité de l’ensemble de la zone franc.
La mise en œuvre effective de ces annonces constitue désormais le principal défi. Les dirigeants ont prévu un mécanisme de suivi renforcé, confiant au Secrétariat du Programme des réformes économiques et financières (PREF CEMAC) la mission d’effectuer des évaluations trimestrielles. Un premier rapport est attendu avant les assemblées de printemps 2026 du FMI et de la Banque mondiale, qui serviront de jauge extérieure. L’enjeu est de taille : restaurer la confiance des partenaires internationaux et des investisseurs pour favoriser un financement durable de la transformation structurelle des économies.
Au delà des mesures correctives, les chefs d’État ont réaffirmé leur attachement formel à l’indépendance de la BEAC et au renforcement des organes de supervision, comme la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC). Ils ont également souligné le rôle que doit jouer la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) dans le financement des économies. Ces déclarations de principe visent à apaiser les critiques récurrentes sur les interférences politiques dans la gestion monétaire, un sujet sensible qui a régulièrement ébranlé la crédibilité de l’institution.
Le succès de ce plan d’urgence repose sur une coordination inédite et une discipline collective de la part des six États membres. La mesure phare du rapatriement des avoirs et des recettes d’exportation, si elle est appliquée, pourrait significativement renforcer les réserves de change de la zone et la marge de manœuvre de la BEAC. Toutefois, elle suppose de bousculer des pratiques établies et des circuits financiers opaques, ce qui testera la volonté politique réelle des régimes en place. L’équilibre entre souveraineté nationale et impératif communautaire sera au cœur de cette difficile mise en œuvre.



