L’Afrique du Sud a annoncé son retrait temporaire du G20 pour la durée de la présidence américaine de 2026. Cette décision, actée lors du Forum économique mondial de Davos, constitue un geste diplomatique rare et vise explicitement à éviter une escalade des tensions avec les États-Unis dirigés par Donald Trump.
Ce retrait suspend la participation de Pretoria au groupe des vingt principales économies mondiales pour un an. Il transforme de fait le G20 en un “G19” le temps de l’exercice 2026. Les autorités sud-africaines justifient cette pause par la nécessité de préserver la relation bilatérale, dans un climat jugé délétère. Le boycott par Donald Trump du dernier sommet du G20 organisé en Afrique du Sud en novembre 2025, qu’il avait accusée de mener des politiques hostiles aux intérêts américains, a précipité cette décision.
Ce geste s’inscrit dans une relation de plus en plus conflictuelle entre Pretoria et Washington sous l’administration Trump. L’Afrique du Sud, membre fondateur du BRICS et figure de proue du “Global South”, entretient des partenariats stratégiques avec la Chine et la Russie, ce qui la place régulièrement en désaccord avec la politique étrangère américaine. La posture non-alignée et parfois critique de Pretoria envers l’Occident crée des frictions récurrentes, qui atteignent un pic avec la présidence tournante américaine du G20.
La perspective immédiate est un retour à la table du G20 en 2027, sous présidence britannique, espérant un climat diplomatique plus apaisé. Cependant, ce retrait pose à moyen terme la question de la pérennité de l’engagement sud-africain dans un forum qu’elle estime détourné de sa mission initiale de dialogue inclusif. La crédibilité et l’unité du G20, déjà fragilisées, sortent ébranlées par ce précédent qui pourrait encourager d’autres pays en désaccord avec l’agenda américain à adopter une posture similaire à l’avenir.
Pour le continent africain, l’impact est significatif. L’Afrique du Sud y était le seul membre permanent et assurait un rôle de porte-voix essentiel, d’autant plus que l’Union africaine a le statut de membre invité permanent. Son retrait crée un vide de représentation directe pour près d’1,4 milliard d’Africains. Comme le souligne Koffi Kouakou, maître de conférences à l’Université du Witwatersrand, “c’est un signal très fort. Son retrait va créer un vide pour l’Afrique, un vide de représentation africaine au sein du G20”.
Les analystes voient dans cette décision une rationalisation froide des intérêts nationaux par Pretoria. Évitant une confrontation frontale et stérile, le pays préserve son capital diplomatique et ses alliances multiples. Toutefois, ce choix stratégique interroge sur la capacité des forums économiques globaux à résister aux fractures géopolitiques. Le G20, conçu pour gérer les crises financières dans un esprit de coopération, apparaît de plus en plus comme un théâtre d’affrontement idéologique, au détriment de sa mission économique originelle.



