Le Parti des peuples africains Côte d’Ivoire (PPA-CI) a officiellement convoqué son premier congrès ordinaire pour le 15 mai 2025 et a, dans le même temps, sollicité et obtenu que Laurent Gbagbo demeure à sa tête. Ces décisions, prises lors d’une réunion du Comité central le samedi 24 janvier, visent à relancer la dynamique d’un parti marginalisé lors du dernier cycle électoral.
Ce congrès, initialement prévu en octobre 2025, avait été reporté en raison du calendrier de la présidentielle. Il représente pour le PPA-CI un outil stratégique de refondation interne. “Il faut remettre la machine en marche”, a confié un cadre du parti à RFI, évoquant la nécessité de se relever après une double déconvenue électorale : l’absence à l’élection présidentielle de 2025, que le parti estime lui avoir été imposée, et le boycott volontaire des élections législatives qui a suivi.
Cette refondation s’opère dans un contexte politique ivoirien où le PPA-CI peine à trouver sa place. Depuis le retour d’exil de son leader historique Laurent Gbagbo en 2021, après son acquittement par la Cour pénale internationale, le parti n’a pas réussi à s’imposer comme une force d’opposition pivot. Sa stratégie de boycott ou son incapacité à participer aux scrutins l’ont maintenu en périphérie du jeu politique, dominé par le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) du président Alassane Ouattara et par d’autres formations de l’opposition.
Les perspectives du PPA-CI sont désormais suspendues aux résultats de ce congrès et à sa capacité à définir une ligne claire. L’enjeu est de taille : préparer les échéances locales et nationales à venir, notamment les élections municipales et régionales, et poser les bases d’une candidature crédible pour la prochaine présidentielle de 2030. Pour cela, le parti devra concilier son ancrage gbagbiste historique avec l’émergence de nouvelles figures et l’élaboration d’un projet renouvelé capable de séduire un électorat plus jeune.
La décision de maintenir Laurent Gbagbo à la présidence du parti interroge. Elle survient alors que l’ancien président, âgé de 78 ans, avait lui-même évoqué en octobre 2024 son souhait de se retirer des fonctions politiques. Ce revirement apparent souligne la difficulté du PPA-CI à se projeter au-delà de la figure tutélaire de son fondateur, une dépendance qui pourrait à la fois être son principal atout symbolique et son frein structurel à un renouvellement profond.
Pour l’analyste politique César Flan Moquet, le PPA-CI est aujourd’hui “à la croisée des chemins”. Le parti est tiraillé entre la centralité incontestée de Laurent Gbagbo, qui reste un puissant vecteur de mobilisation pour sa base militante, et l’impérative nécessité de se réinventer pour s’inscrire durablement dans le paysage politique. Le succès du congrès de mai se mesurera à sa capacité à engager cette transition délicate sans créer de fractures internes, tout en proposant une alternative politique lisible aux Ivoiriens.



