La grève des enseignants qui paralyse le système éducatif gabonais depuis près de six semaines pourrait connaître un début de déblocage. Le mouvement SOS Éducation, à l’origine du conflit, a accepté d’engager des négociations sous l’égide d’un médiateur désigné par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Cette décision, actée lors d’une assemblée générale à Libreville, reste cependant conditionnée à des préalables stricts posés par les grévistes.
L’ouverture de pourparlers constitue un premier pas après plusieurs semaines d’impasse. Les enseignants ont unanimement accepté la médiation du député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, missionné par le président de la République pour rétablir le dialogue rompu avec le gouvernement. Néanmoins, la reprise des cours est suspendue à une exigence majeure : la libération immédiate de deux syndicalistes emprisonnés pour leur soutien au mouvement, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo. Le professeur Mayima, l’un des porte-parole de SOS Éducation, a été clair : la main tendue du gouvernement doit d’abord passer par la libération de ces prisonniers.
Cette crise sociale s’inscrit dans un contexte politique et économique gabonais particulièrement tendu depuis la transition militaire d’août 2023. Le régime du président Oligui Nguema, qui a promis un renouveau et une écoute des préoccupations citoyennes, est ici mis à l’épreuve sur sa gestion d’un secteur public clé. Le mouvement des enseignants, porté par une base exaspérée par des années de revendications insatisfaites concernant les salaires, les conditions de travail et le statut de la fonction publique, révèle une défiance persistante entre l’administration et ses agents. La paralysie de l’école publique met en lumière les difficultés structurelles du pays à réformer son modèle social.
Les perspectives immédiates dépendent désormais de la réponse du gouvernement aux conditions posées. Si une négociation s’engage, les discussions s’annoncent complexes. SOS Éducation, mouvement spontané et horizontal, a désigné neuf négociateurs, un par province, pour évoquer un “protocole de sortie de crise”. Le succès de ces échanges déterminera la levée ou seulement la suspension du mouvement. En parallèle, le ministre de l’Éducation nationale, Carmélia Ntoutoume Leclercq, tente de limiter les dégâts en poussant à la réouverture des établissements, dans une course contre la montre pour éviter une année scolaire blanche, qui serait un désastre éducatif et social.
L’équilibre est fragile. La médiation du député Ntoutoume Ayi, saluée comme une bouffée d’oxygène, n’efface pas les griefs profonds. Honorine Angue Mintsa, l’une des déléguées négociatrices, rappelle que seule l’approbation par la base des accords éventuels permettra de mettre fin à la grève. Cette structure décentralisée du mouvement lui confère une légitimité, mais aussi une complexité pour aboutir à un accord engageant tous les grévistes. Le gouvernement doit donc composer avec une entité sans leader unique, où chaque décision est soumise à la validation collective.
La crise dépasse le simple cadre corporatiste. Elle est devenue un test de gouvernance pour la transition, observé de près par d’autres secteurs mécontents. La libération des deux syndicalistes serait un signal politique fort, interprété comme une volonté de dialogue et un respect des libertés syndicales. À l’inverse, tout blocage ou fermeté excessive risquerait de durcir le conflit, de radicaliser le mouvement enseignant et d’étendre le mécontentement à d’autres franges de la société, compromettant la stabilité promise par les nouvelles autorités. L’enjeu est donc autant pédagogique que politique.



