Plusieurs partis d’opposition centrafricains, regroupés au sein du Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), sont menacés de dissolution pour avoir boycotté les élections générales du 28 décembre 2025. Cette sanction, prévue par la loi organique sur les partis politiques, pourrait redéfinir durablement le paysage politique national.
La loi, adoptée dans les années 2000, stipule en effet qu’un parti politique non représenté à l’Assemblée nationale peut être dissous à l’issue d’une procédure juridique. Le BRDC, qui rassemble une dizaine de formations dont certaines ont déjà exercé le pouvoir, s’est volontairement exclu du scrutin législatif. Cette situation le place donc dans le viseur du pouvoir exécutif, qui pourrait engager des actions en justice pour appliquer le texte. Une source gouvernementale, sollicitée, a rappelé que “la loi doit s’appliquer à tous”.
Ce bras de fer juridico-politique s’inscrit dans une crise institutionnelle plus large. L’opposition boycotte les élections, présidentielle et législatives, en contestant la légalité de la candidature du président sortant, Faustin Archange Touadéra. Pour Martin Ziguélé, porte-parole du BRDC, le chef de l’État, élu en 2016 sur une constitution limitant les mandats à deux quinquennats, aurait achevé son cycle constitutionnel. Sa participation au scrutin de décembre 2025 serait donc “hors la loi”, justifiant, selon le bloc, une stratégie de boycott.
Les perspectives sont polarisées. D’un côté, l’application stricte de la loi pourrait mener à la dissolution de partis historiques, accentuant la concentration du pouvoir et réduisant l’espace politique pluraliste. De l’autre, un recul de l’exécutif face à cette menace serait perçu comme un affaiblissement. Le président Touadéra, réélu le 19 janvier, a appelé au dialogue et à l’unité nationale. La société civile prône également cette voie comme seule option pour apaiser les tensions, soulignant que la survie des institutions démocratiques passe par la réintégration de toutes les forces politiques.
La position du BRDC repose sur une interprétation rigide de la constitution de 2016. Ses membres estiment que le président, en prêtant serment sur ce texte, s’est engagé à ne faire que deux mandats, lesquels sont selon eux accomplis. Ils annoncent continuer à se battre “sur le chemin du droit” face à ce qu’ils qualifient d’”actes illégaux” de l’exécututif. Cette posture les place dans une logique de confrontation totale, où le risque de dissolution est assumé comme une conséquence de leur combat.
Au delà du duel verbal, l’enjeu est fondamental pour la jeune démocratie centrafricaine. La dissolution d’une partie significative de l’opposition structurée pourrait vider de sa substance le débat parlementaire et accentuer la fracture entre le pouvoir et une frange de la population. Cela risquerait aussi de radicaliser les positions, poussant certains acteurs vers des formes d’expression politiques extra institutionnelles. L’arbitrage qui sera rendu, qu’il soit politique ou judiciaire, définira le degré d’inclusivité du système pour les années à venir.



