Le Sénat américain a voté, mardi 3 février 2026, la réactivation pour une seule année de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa). Promulguée dans la foulée par le président Donald Trump, cette mesure de court terme rétablit rétroactivement, jusqu’en septembre 2026, un accord crucial permettant à des milliers de produits africains d’entrer sans droits de douane sur le marché américain.
Cette décision urgente, intervenue après des mois de paralysie budgétaire à Washington ayant conduit à l’expiration de l’Agoa à l’automne 2025, constitue un répit pour les économies africaines dépendantes de cet accès préférentiel. Des secteurs entiers, de la vanille malgache à l’automobile sud-africaine en passant par le textile kenyan ou lesothien, sont concernés. Cependant, la fenêtre d’une année est jugée trop courte pour garantir une stabilité propice aux investissements.
Instauré en l’an 2000, l’Agoa a longtemps été le pilier de la politique commerciale américaine en Afrique, conçu comme un outil de développement et de renforcement des liens à long terme. Le monde a depuis fondamentalement changé, avec la montée en puissance de la Chine sur le continent. À Washington, le diagnostic est désormais unanime : l’Agoa, perçu par certains comme déséquilibré, nécessite une refonte pour s’aligner sur la doctrine « America First » et servir d’instrument géopolitique face à Pékin.
La perspective immédiate est celle d’une bataille législative intense pour une réforme structurelle dans les douze mois à venir. L’administration Trump, par la voix de son représentant au commerce Jamieson Greer, entend « moderniser » le programme. Les négociations s’annoncent ardues, les élus américains étant profondément divisés entre partisans d’un accord de développement pérenne et promoteurs d’un instrument de court terme assorti de conditions politiques strictes. Cette réactivation conditionnelle s’accompagne déjà d’exigences américaines pour un meilleur accès aux marchés africains, notamment agricoles.
Pour les exportateurs africains, cette réactivation est une « bouffée d’oxygène » pour honorer les commandes prévues, analyse Julien Marcilly, chef économiste chez Global Sovereign Advisory. En revanche, elle ne suffira pas à générer de nouveaux investissements industriels tournés vers les États-Unis, qui nécessitent une visibilité à long terme. Cette incertitude chronique accélère une tendance de fond : la diversification des débouchés. Beaucoup de pays africains exportent déjà moins vers les États-Unis qu’il y a vingt ans, malgré l’Agoa.
Cette situation pousse les nations africaines à chercher d’autres partenariats. La demande croissante de l’Asie pour les matières premières agricoles offre une alternative majeure. Parallèlement, le développement du commerce intra-africain, via la Zone de libre-échange continentale (ZLECAf), représente une opportunité stratégique pour réduire la dépendance à des accords extérieurs précaires. L’épisode actuel de l’Agoa sert de rappel brutal : la relation commerciale avec Washington est de plus en plus transactionnelle et instrumentalisée, comme l’a illustré le chantage révélé au Ghana liant la prolongation de l’accord à l’accueil de personnes expulsées.



