À la veille du sommet des chefs d’État de l’Union africaine (UA) qui s’ouvre ce samedi 14 février à Addis-Abeba, la question de la réintégration du Soudan divise profondément les États membres. Alors que la guerre civile fait toujours rage et que les exactions des Forces de soutien rapide (FSR) se multiplient au Darfour, plusieurs capitales, menées par l’Égypte, plaident pour un retour du gouvernement d’Abdelfattah al-Burhan au sein de l’institution panafricaine. Mais cette initiative se heurte à l’opposition de nombreux pays qui refusent toute normalisation sans préalable démocratique.
Lors d’une réunion préparatoire du Conseil paix et sécurité (CPS) tenue jeudi, le chef de la diplomatie égyptienne, Badr Abdelatty, a personnellement invité son homologue soudanais, Mohieddine Salem, à venir défendre sa cause. Pour Le Caire, qui assure la présidence tournante du CPS, maintenir le Soudan à l’écart revient à « ignorer le gouvernement légitime » et à aggraver la crise. Une position qui vise à renforcer l’autorité d’Al-Burhan face aux FSR, mais qui semble ignorer la nature profonde du conflit.
Car sur le terrain, la situation reste explosive. Alors que les FSR assiègent El Fasher et tuent des centaines de civils, le CPS a condamné les violences et rejeté la reconnaissance de tout « gouvernement parallèle » paramilitaire. Pourtant, les observateurs notent un vide dans le communiqué final de l’instance : aucune mention d’une levée de la suspension du Soudan, décidée après le putsch de 2021. Une source diplomatique confie que « l’organisation d’élections et le retour à l’ordre constitutionnel restent un préalable » pour une majorité de membres, rappelant que le général Al-Burhan ne fait pas l’unanimité.
Cette opposition révèle les limites de la realpolitik africaine. Pousser à la réintégration d’un régime issu d’un coup d’État, qui plus est en pleine guerre, affaiblirait la crédibilité de l’Union et son rôle de gardienne des normes constitutionnelles. Pour les pays hostiles à cette initiative, accueillir à nouveau Khartoum sans garanties reviendrait à légitimer une transition militaire qui n’a jamais abouti, et à trahir les victimes d’un conflit que l’UA peine à endiguer.
En marge de ce débat, le CPS a également adressé une mise en garde cinglante à Israël. Les ambassadeurs ont unanimement condamné la reconnaissance du Somaliland par l’État hébreu, qualifiée d’« atteinte à l’intégrité territoriale de la Somalie ». Cette ingérence extérieure, perçue comme une menace directe à la stabilité de la Corne de l’Afrique, contraste avec les efforts salués par l’UA contre les shebabs en Somalie, où Mogadiscio tente de consolider l’État après ses premières élections municipales.
Enfin, l’ombre de l’avenir institutionnel plane sur ces débats. Le CPS a procédé à l’élection de ses nouveaux membres pour 2026-2028 à l’issue de négociations qualifiées « d’âpres ». Le Bénin, le Gabon, le Lesotho, le Maroc, la Somalie et l’Afrique du Sud feront leur entrée, tandis que la Côte d’Ivoire ou la RDC voient leurs mandats renouvelés. C’est ce nouveau Conseil, dont la composition doit être entérinée par les chefs d’État ce week-end, qui devra trancher, in fine, le sort du Soudan au sein de l’Union.



