Le gouvernement burkinabè a adopté une mesure contraignante pour les grandes entreprises opérant sur son territoire : celles dont le chiffre d’affaires cumulé atteint ou dépasse 5 milliards de francs CFA sur les trois derniers exercices sont désormais tenues de construire leur siège social au Burkina Faso. La décision, officialisée par un communiqué de la présidence, s’accompagne de normes architecturales et techniques précises, adaptées à quatre catégories définies en fonction du niveau de revenus des sociétés concernées.
Le dispositif classe les entreprises en quatre seuils, allant de 5 à plus de 100 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires. À chaque palier correspondent des standards de construction spécifiques, censés refléter la taille et les capacités financières des firmes concernées. L’objectif affiché est d’ancrer durablement les activités économiques sur le territoire national, en évitant que les centres de décision des grands groupes ne restent localisés à l’étranger.
Cette réforme s’inscrit dans une dynamique plus large de souveraineté économique engagée par les autorités de transition, qui multiplient les initiatives visant à renforcer le contrôle national sur les secteurs stratégiques. Depuis la prise de pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en 2022, plusieurs mesures ont été prises pour réduire la dépendance extérieure et affirmer la maîtrise des ressources et des infrastructures par l’État burkinabè. L’obligation d’implantation des sièges sociaux participe de cette logique, en cherchant à concentrer sur place les centres de décision et les emplois qualifiés qui les accompagnent.
Les entreprises disposent d’un délai de six mois pour déposer leur dossier auprès d’une commission interministérielle ad hoc, chargée d’examiner la conformité des projets. Une fois le feu vert obtenu, les travaux devront être achevés dans un maximum de 36 mois. Le gouvernement prévoit des mesures d’accompagnement, notamment des exonérations sur les matériaux de construction, afin de faciliter la réalisation des investissements immobiliers imposés.
Si l’intention de renforcer l’ancrage local des firmes paraît légitime, la mise en œuvre soulève plusieurs interrogations pratiques. Les entreprises concernées, souvent actives dans les mines, les télécommunications ou la grande distribution, devront supporter des coûts supplémentaires significatifs, dans un contexte économique déjà tendu. Certains observateurs pointent aussi le risque de voir des groupes réduire leur exposition au Burkina plutôt que de se plier à des exigences jugées contraignantes, ce qui pourrait freiner l’investissement étranger à un moment où le pays fait face à des défis sécuritaires et budgétaires majeurs.
Le succès de la mesure dépendra en grande partie de la capacité de l’administration à instruire rapidement les dossiers et à garantir un accompagnement effectif, sans lourdeurs bureaucratiques. Les exonérations promises devront être appliquées de manière transparente pour éviter qu’elles ne deviennent une source de contentieux ou de distorsions entre opérateurs. À terme, l’enjeu est de concilier l’affirmation de la souveraineté économique avec le maintien d’un climat des affaires suffisamment attractif pour retenir les grands groupes, dont les contributions fiscales et les emplois restent essentiels.



