En Côte d’Ivoire, l’onde de choc de l’affaire Jeffrey Epstein atteint les plus hautes sphères du pouvoir. Des documents récemment rendus publics par le département américain de la Justice révèlent que Nina Keita, nièce du président Alassane Ouattara et directrice générale adjointe de la société de gestion des stocks pétroliers (Gestoci), a entretenu une correspondance suivie avec le multimillionnaire américain, décédé en 2019. Cette révélation place soudainement une haute fonctionnaire au cœur d’un scandale judiciaire et médiatique international.
Selon les archives dévoilées, l’ancien mannequin a joué un rôle d’intermédiaire pour le compte de Jeffrey Epstein, pourtant déjà condamné en 2008 pour incitation à la prostitution de mineurs. Les échanges indiquent que Nina Keita a facilité l’organisation de séjours de l’homme d’affaires à Abidjan en 2011 et 2012, ainsi que des rencontres avec des membres de l’exécutif ivoirien. Elle aurait également mis en relation Epstein avec au moins une jeune femme de 25 ans à Paris en 2011.
Ces informations replacent sur le devant de la scène les réseaux africains de Jeffrey Epstein, un aspect souvent moins exploré de cette affaire tentaculaire. Elles interviennent dans un contexte où la Côte d’Ivoire, sortie d’une décennie de crise politico-militaire, voyait justement en 2011-2012 la consolidation du pouvoir d’Alassane Ouattara. Les liens entre un financier controversé et l’entourage immédiat du président, si tôt après son arrivée au pouvoir, posent inévitablement la question des fréquentations et des influences gravitant autour du nouveau régime.
Face à ces révélations, la société civile ivoirienne réclame désormais des comptes. Drissa Bamba, président du Mouvement ivoirien pour les droits humains (MIDH), appelle la justice à se saisir du dossier. Il insiste sur la nécessité d’une enquête pour déterminer la nature exacte des liens entre la directrice et le prédateur sexuel présumé, et ce, indépendamment du statut officiel des personnes impliquées. Selon lui, l’analyse des messages échangés pourrait révéler des actions potentiellement répréhensibles, exigeant toute la lumière de l’institution judiciaire.
Toutefois, les défenseurs des droits humains appellent à la retenue et au respect de la procédure. Pour Willy Neth, de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme, l’émotion suscitée par cette affaire ne doit pas mener à un procès médiatique. Il rappelle le danger d’une condamnation anticipée sur les réseaux sociaux, particulièrement dans des dossiers à forte résonance internationale. La présomption d’innocence doit prévaloir, le temps que la justice, et elle seule, puisse établir les faits.
Pour l’heure, le silence est de mise du côté de la principale intéressée. Sollicitée par des médias dont RFI, l’entourage de Nina Keita a indiqué qu’elle ne souhaitait pas s’exprimer pour le moment. Cette absence de réaction ne fait qu’alimenter les spéculations, alors que le gouvernement ivoirien, par le biais de son ministère de la Communication, suit l’évolution du dossier sans pour l’instant avoir émis de commentaire officiel.



