Le Ghana s’apprête à franchir une étape décisive dans la bataille pour la mémoire historique. Le président John Dramani Mahama a annoncé, ce dimanche en clôture du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, le dépôt en mars d’une résolution à l’Assemblée générale des Nations unies. Celle-ci vise à faire reconnaître officiellement la traite transatlantique des esclaves comme « le plus grave crime contre l’humanité ».
Cette initiative, présentée comme une « déclaration sur la traite des Africains réduits en esclavage et l’asservissement racialisé », ne se limite pas à une condamnation morale. Pour Accra, il s’agit de poser un acte politique et juridique majeur sur la scène internationale. « Cette résolution n’est que la première étape », a insisté John Dramani Mahama, expliquant que des consultations ont été menées et que le soutien de l’Union africaine est acquis. L’objectif est clair : obtenir une validation onusienne qui permettrait de qualifier juridiquement un phénomène historique aux conséquences toujours tangibles. Le Ghana, premier pays d’Afrique subsaharienne à avoir accédé à l’indépendance en 1957, entend ainsi porter la voix du continent sur un sujet où la dimension symbolique rejoint les revendications contemporaines.
La démarche s’inscrit dans un mouvement de fond, porté ces dernières années par une coalition de pays africains et caribéens. En novembre 2023, le prédécesseur de John Mahama, Nana Akufo-Addo, avait déjà appelé à un front commun pour obtenir des réparations pour les crimes de l’ère coloniale et de la traite. Ce combat, porté par la Caricom (Communauté caribéenne) et l’Union africaine, prend aujourd’hui une dimension nouvelle en visant l’enceinte onusienne. Il ne s’agit plus seulement de regretter, mais de faire inscrire dans le droit international la spécificité de ce crime, dont les forts négriers de la Côte-de-l’Or, comme celui de Cape Coast (classé à l’Unesco), restent les cicatrices de pierre.
Si l’adoption de la résolution ne changera pas le passé, elle entend en modifier la perception et les conséquences politiques. Pour John Dramani Mahama, qui s’exprime au nom d’un large consensus afro-caribéen, cette quête de justice historique ne saurait se réduire à une simple demande de compensation financière. « Il s’agit de rétablir la vérité historique », a-t-il martelé. La reconnaissance par la communauté internationale de ce crime comme le plus grave de l’histoire permettrait de poser un socle solide pour aborder, ensuite, la question des réparations sous toutes ses formes : économiques, culturelles et institutionnelles.
Pour l’heure, le chemin diplomatique reste semé d’embûches. Si le symbole est fort, la résolution devra recueillir une majorité à l’Assemblée générale, là où les mémoires et les intérêts des anciennes puissances coloniales pourraient peser. « L’adoption de cette résolution n’effacera pas l’histoire, mais elle la reconnaîtra », a plaidé le président ghanéen, conscient que le combat est aussi sémantique. Qualifier la traite de « crime fondateur » ayant façonné les inégalités structurelles et les discriminations raciales du monde moderne, c’est ouvrir la voie à une redéfinition des relations entre l’Afrique et ses diasporas, mais aussi avec l’Occident. Le vote de mars à New York sera ainsi scruté comme un test majeur de la capacité du continent à imposer son récit dans les instances multilatérales.



