Le 39e Sommet de l’Union africaine, qui s’est tenu à Addis-Abeba, a accouché d’une feuille de route chargée pour 2026, mais c’est la question de la justice historique qui a constitué le véritable marqueur politique de la rencontre. Alors que le Burundais Evariste Ndayishimiye a été officiellement désigné pour prendre la présidence tournante de l’institution, les chefs d’État ont franchi un cap symbolique en qualifiant la colonisation de “crime contre l’humanité” et en étudiant la possibilité de reconnaître certains actes de la traite esclavagiste comme un “génocide”. Une déclaration forte qui ouvre la voie à une offensive diplomatique d’envergure dans les instances onusiennes.
Sur le fond, les dirigeants ont tenté de conjuguer les urgences sécuritaires du continent avec les impératifs de développement de long terme. Le thème retenu pour 2026 – “Garantir un accès durable à l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs” – ancre l’action de l’UA dans les objectifs concrets de l’Agenda 2063. Mais ce travail de fond ne doit pas occulter les défis immédiats : les chefs d’État ont réaffiché leur “tolérance zéro” face aux coups d’État en série et appelé de leurs vœux un financement plus prévisible pour les opérations de maintien de la paix, en adoptant un nouveau mémorandum sur la Force africaine en attente.
Cette poussée de fièvre sécuritaire intervient dans un contexte de fragmentation géopolitique croissante. Les dirigeants africains ont conscience que le continent reste une variable d’ajustement dans la compétition entre grandes puissances. C’est pourquoi ils ont martelé, une fois de plus, leur exigence d’une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, réclamant des sièges permanents pour l’Afrique. Le G20 a été salué pour son engagement, mais l’UA insiste désormais sur la nécessité d’une “position africaine unifiée” pour peser véritablement sur les dossiers cruciaux de la dette, du climat et du financement du développement, là où les intérêts des États membres divergent encore trop souvent.
L’avenir immédiat de l’agenda panafricain se jouera sur deux terrains distincts mais complémentaires. D’un côté, l’intégration économique via la ZLECAf, dont l’UA a salué les progrès tout en exigeant une mise en œuvre plus rapide pour booster le commerce intra-africain et la résilience alimentaire. De l’autre, le terrain judiciaire et mémoriel. Le président ghanéen, John Dramani Mahama, a officialisé l’intention de son pays de déposer en mars 2026, à l’Assemblée générale des Nations unies, une résolution visant à faire reconnaître la traite des esclaves africains comme “le plus grave crime contre l’humanité”.
En coulisses, les diplomates ont travaillé sur les dossiers brûlants. Adeoye Bankole, haut responsable de l’UA, a révélé l’ampleur des tractations menées en marge du sommet : “Nous avons dialogué avec tous les acteurs du conflit, notamment le panel de facilitateurs composé de cinq anciens présidents. Au total, huit accords ont été signés.” Une référence directe aux crises en cours, notamment dans l’est de la RDC, où l’UA dit avoir rappelé à l’ordre les groupes rebelles comme l’AFC et le M23. Le sommet a par ailleurs réaffirmé une solidarité constante avec le peuple palestinien, inscrivant la position africaine dans le cadre strict du droit international. L’enjeu pour 2026 sera désormais de transformer ces déclarations en actions tangibles, sans que le poids des réformes institutionnelles – promises pour rendre l’UA “financièrement viable” – ne freine les ambitions politiques.



