Jesse Jackson, figure emblématique de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, est décédé mardi 17 février à l’âge de 84 ans. C’est sa famille qui a annoncé la nouvelle sur les réseaux sociaux, précisant que le pasteur s’était éteint « paisiblement », entouré de ses proches après une longue bataille contre la maladie de Parkinson. Dans leur communiqué, ses enfants ont salué « un engagement indéfectible en faveur de la justice, de l’égalité et des droits humains », estimant que son action a contribué à « façonner un mouvement mondial pour la liberté et la dignité ». Sa disparition marque la fin d’une ère pour le mouvement afro-américain.
Orateur hors pair et stratège politique, Jesse Jackson a consacré sa vie à donner une voix aux laissés-pour-compte du rêve américain. Né dans une Amérique encore ségréguée de la Caroline du Sud, il a été l’un des plus proches lieutenants de Martin Luther King avant de voler de ses propres ailes. En 1984 et 1988, il est entré dans l’histoire en devenant le premier Afro-Américain à mener une campagne nationale crédible pour l’investiture démocrate à la présidence. Ces campagnes, bien que défaites, ont élargi la base du Parti démocrate et imposé les thématiques de justice sociale et économique au cœur du débat politique national.
La vie de Jesse Jackson se confond avec l’histoire des droits civiques. Il était à Memphis en 1968 lorsque Martin Luther King fut assassiné. On l’a vu, des décennies plus tard, fondre en larmes dans la foule à Chicago lors de l’élection de Barack Obama en 2008. Plus récemment, en 2021, il se tenait aux côtés de la famille de George Floyd après la condamnation du policier Derek Chauvin, prouvant que la lutte contre les violences policières restait un combat inachevé. Sa constance à travers ces moments historiques a fait de lui une boussole morale pour plusieurs générations d’activistes.
Au-delà du charisme, l’héritage de Jesse Jackson repose sur des réalisations concrètes. Il a fondé l’organisation Rainbow PUSH Coalition, fruit de la fusion de son mouvement Operation PUSH. Cette structure a milité pour l’ouverture du monde des affaires aux minorités, soutenu financièrement des familles défavorisées et financé l’éducation de milliers d’enfants. Sa formule, « mon électorat, ce sont les désespérés, les damnés, les déshérités », résumait une ambition : bâtir une coalition arc-en-ciel dépassant le clivage noir-blanc pour inclure tous les exclus du système.
Sa trajectoire n’a cependant pas été exempte de zones d’ombre. Sa carrière a été traversée par des polémiques, notamment en 1984 lorsqu’il avait utilisé un terme jugé antisémite pour désigner New York, une controverse qui avait entaché sa première campagne. Plus tard, son soutien affiché à Michael Jackson lors du procès pour abus sexuels sur mineur du chanteur en 2005 avait suscité l’incompréhension. Reste que le pasteur Jackson laisse l’image d’un homme de conviction, dont le célèbre appel au « socle commun » – « l’aile gauche, l’aile droite, il faut deux ailes pour voler » – résonne comme un testament politique dans une Amérique plus divisée que jamais.



