Le président turc Recep Tayyip Erdogan a effectué ce mardi 17 février une visite officielle à Addis-Abeba, sa première en Éthiopie depuis onze ans. Cette escale, qui s’inscrit dans une tournée régionale plus large incluant l’Arabie saoudite et l’Égypte, visait officiellement à célébrer le centenaire des relations diplomatiques entre Ankara et Addis-Abeba. Mais au-delà des festivités, cette rencontre avec le Premier ministre Abiy Ahmed avait pour objectif de poser les bases d’un nouveau chapitre dans la coopération bilatérale, à la fois sur les plans économique et sécuritaire.
Accueilli par une cérémonie grandiose au Palais national rénové, l’ancien siège impérial d’Hailé Selassié, le chef de l’État turc a été honoré avec faste. Cette mise en scène, entre cavalerie et défilé militaire, traduit l’importance stratégique qu’Addis-Abeba accorde à ce partenaire. Au-delà des symboles, deux accords économiques majeurs ont été signés, visant à intensifier les investissements turcs en Éthiopie. Ankara, déjà actif dans les secteurs de la construction et de l’industrie manufacturière, cherche à consolider sa présence dans un pays considéré comme un pivot de la Corne de l’Afrique.
Cette relance diplomatique intervient dans un climat régional extrêmement tendu. Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée, pourtant apaisées après le prix Nobel d’Abiy Ahmed en 2019, se sont considérablement dégradées ces derniers mois. Les contentieux frontaliers et les ingérences mutuelles alimentent de nouveau les inquiétudes. En se posant en médiateur potentiel, Erdogan cherche à capitaliser sur le capital de confiance qu’il a patiemment construit avec les deux capitales, espérant jouer les stabilisateurs dans une zone stratégique pour les routes commerciales et la sécurité maritime.
Dans les mois à venir, l’enjeu pour Ankara sera de transformer ces déclarations d’intention en résultats concrets. Si les accords économiques pourraient rapidement se traduire par de nouveaux chantiers et contrats, le volet sécuritaire s’annonce plus complexe. La Turquie, qui dispose déjà d’une base militaire en Somalie et de liens étroits avec le Soudan, tisse discrètement un réseau d’influence dans la région. Sa capacité à désamorcer les tensions entre Asmara et Addis-Abeba constituera un test décisif pour crédibiliser son rôle de puissance diplomatique émergente sur le continent.



