L’Union européenne a annoncé, mardi 17 février à Kinshasa, le déblocage d’une enveloppe de 81,2 millions d’euros en faveur des victimes du conflit qui embrase les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Cette annonce a été faite à l’occasion de la visite de la Commissaire européenne chargée de l’égalité, de la préparation et de la gestion des crises, Hadja Lahbib, signe de l’inquiétude croissante de Bruxelles face à la détérioration rapide de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo.
Cette aide vise à répondre à l’urgence d’une population prise en étau par les combats. Depuis la prise de Goma par le M23 en janvier, les déplacements de populations se sont intensifiés, plongeant des milliers de familles dans le dénuement. Sur les 81,2 millions annoncés, 68 millions seront directement alloués à l’aide d’urgence à l’intérieur de la RDC. Cette somme doit financer des services vitaux – nourriture, eau, abris – et soutenir des services de protection, en particulier pour les survivants de violences et les enfants, de plus en plus exposés selon le communiqué de l’UE. Le solde, environ 13 millions d’euros, est destiné à prendre en charge les Congolais ayant fui vers les pays voisins, principalement le Burundi.
L’initiative européenne s’inscrit dans un contexte où les acteurs humanitaires tirent la sonnette d’alarme. Les ressources sur place sont décrites comme « presque épuisées » par l’UE elle-même, tandis que les besoins explosent. Le plan de réponse humanitaire pour 2026, établi par les Nations unies et ses partenaires, estime d’ailleurs à 1,4 milliard de dollars les fonds nécessaires pour assister plus de 7 millions de personnes dans le seul est du pays. Cette annonce de Bruxelles, bien que substantielle, ne représente donc qu’une fraction des besoins colossaux générés par ce conflit qui s’enlise.
Au-delà de l’urgence immédiate, cette visite de la Commissaire Lahbib à Kinshasa, première étape d’une tournée dans la région des Grands Lacs, pose la question de la stratégie européenne à plus long terme. Alors qu’elle est attendue au Burundi mercredi 18 février, après la RDC et avant une étape au Rwanda, l’UE semble tenter de maintenir un équilibre délicat entre aide humanitaire et pression diplomatique. Mais l’efficacité de cette approche reste à prouver face à une crise où les enjeux géopolitiques et la compétition pour les ressources minières compliquent toute résolution durable.
La ventilation de cette aide, avec une partie fléchée vers le Burundi, souligne également l’effet domino du conflit. Le regain de violence dans les Kivu ne déstabilise pas seulement la RDC, mais l’ensemble de la région, créant de nouveaux foyers de tension et des mouvements de réfugiés qui mettent à rude épreuve des pays voisins déjà fragiles. Pour les observateurs, l’engagement financier de l’UE, s’il est salutaire, ne saurait masquer l’absence d’une solution politique crédible pour mettre fin aux racines profondes de ce cycle de violences qui dure depuis trois décennies.



