L’organisation État islamique (EI) poursuit sa mue stratégique sur le continent africain. Dans son vingt-deuxième rapport semestriel au Conseil de sécurité, publié le 2 février 2026, le Secrétaire général des Nations unies dresse un tableau préoccupant de l’évolution du groupe, qui ne se contente plus d’exister en périphérie des zones de conflit, mais consolide désormais son ancrage territorial, en particulier en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Le document, consulté par APA, fait état d’une menace devenue “multipolaire et de complexité croissante”, portée par un usage accru des nouvelles technologies et une intensification des raids contre les populations civiles.
L’épicentre de cette expansion reste le Sahel central, avec une emprise particulièrement forte dans les zones frontalières entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Dans le bassin du lac Tchad, c’est la Province d’Afrique de l’Ouest de l’EI (ISWAP) qui inquiète les experts onusiens. Le groupe a non seulement consolidé ses positions dans l’État de Borno, au Nigéria, mais il étend également ses raids au Cameroun et au Tchad. Au Niger, les régions de Tillabéri, Tahoua et Dosso sont le théâtre d’une activité soutenue de l’EI, tandis qu’au Mali, les environs de Ménaka et Tessit restent sous pression.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de recomposition des alliances jihadistes. Fin 2025, des affrontements directs ont opposé l’EI au Sahel au Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM), la nébuleuse affiliée à Al-Qaida, signe que la compétition pour la suprématie territoriale et l’accès aux ressources prime parfois sur la lutte contre les forces nationales. Si la Somalie fait figure d’exception, la pression des forces de sécurité locales ayant réduit les rangs de l’EI à quelques centaines d’hommes, d’autres régions du continent montrent des signes de fragilité inquiétants. En République démocratique du Congo, la propagande du groupe s’intensifie via les Forces démocratiques alliées (ADF), et la menace reste prégnante au Mozambique.
Au-delà de la seule guérilla, l’ONU met en garde contre une professionnalisation technologique des groupes armés. En Afrique de l’Ouest, l’ISWAP a notamment développé une capacité à utiliser des drones aériens, non plus seulement pour la reconnaissance, mais potentiellement pour le combat. Le rapport détaille le mode opératoire : les pièces détachées sont importées commercialement, puis réassemblées localement, rendant la traque des approvisionnements plus complexe pour les services de renseignement.
Face à cette évolution, les Nations unies tentent d’adapter leur réponse en renforçant l’assistance technique aux États de la ligne de front. Huit pays d’Afrique de l’Ouest – du Bénin au Togo en passant par la Côte d’Ivoire – participent désormais au Mécanisme intégré de stabilité des frontières. L’objectif est d’améliorer la gestion des flux transfrontaliers et de lutter contre le financement du terrorisme. Mais le Secrétaire général insiste sur un point : l’expansion territoriale des affiliés de l’EI “aggrave l’instabilité et sape les efforts de développement”. Sans une coordination politique et militaire plus poussée entre les États de la région, les acquis sécuritaires risquent de rester fragiles face à un ennemi qui a prouvé sa capacité d’adaptation.



