L’Alliance des États du Sahel (AES) entre dans sa deuxième année d’existence avec un cap clairement défini. La primature malienne a annoncé, à l’issue d’une réunion du comité de pilotage national, la validation d’une feuille de route pour l’An II. « L’AES est une réalité et sa démarche est irréversible », a-t-elle déclaré dans un communiqué, martelant la détermination des trois régimes militaires à poursuivre leur coopération rapprochée.
Ce document stratégique, entériné le 17 février, vise à consolider les acquis de la première année tout en structurant l’action commune autour de trois piliers jugés fondamentaux : la défense et la sécurité, la diplomatie, et le développement. L’objectif affiché est de répondre concrètement aux « attentes prioritaires des populations », parmi lesquelles figurent un renforcement de la sécurité, la libre circulation des personnes et des biens, le désenclavement des territoires, le développement d’infrastructures structurantes, ainsi qu’une accélération du développement socio-économique via des partenariats « souverains ».
Pour mémoire, l’AES a été créée en septembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois pays dirigés par des militaires arrivés au pouvoir par des coups d’État et qui ont depuis tourné le dos à la France et à la Cédéao. Cette alliance de facto constitue un nouveau bloc géopolitique au cœur du Sahel, justifié par la nécessité d’une mutualisation des efforts contre les groupes jihadistes et d’une émancipation collective vis-à-vis des partenaires traditionnels jugés inefficaces ou ingérents.
La mise en œuvre de cette feuille de route déterminera la capacité de l’AES à passer d’une logique défensive et politique à une véritable intégration régionale. Le défi sera de traduire les intentions affichées en résultats tangibles sur le terrain, notamment dans la lutte contre l’insécurité persistante et dans l’amélioration des conditions de vie de populations parmi les plus vulnérables au monde. La question du financement de ces ambitieux projets de désenclavement et d’infrastructures, sans le recours aux bailleurs traditionnels, reste également en suspens.
Par ailleurs, cette deuxième année est marquée par un changement à la tête de l’institution. La présidence en exercice de l’AES passe désormais au chef de l’État burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, succédant ainsi au colonel Assimi Goïta, qui avait assuré la première année. Cette alternance, bien que purement tournante, sera scrutée comme un indicateur de la cohésion interne du trio, alors que les défis sécuritaires nationaux et les sensibilités diplomatiques de chaque pays pourraient, à terme, tester la solidarité affichée de l’alliance.



