Huit migrants africains en situation irrégulière, originaires du Sénégal, de Sierra Leone et d’Éthiopie, ont été transférés des États-Unis vers le Cameroun le 16 février. Ils viennent grossir les rangs d’un premier groupe arrivé mi-janvier, portant à quinze le nombre de clandestins actuellement pris en charge à Yaoundé sous l’égide de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Le Cameroun devient ainsi le septième pays du continent à accepter, de fait, de servir de terre d’accueil pour des ressortissants de pays tiers expulsés par l’administration Trump, après le Ghana, l’Eswatini ou encore la Guinée équatoriale.
Ces personnes, qui ne peuvent regagner leur pays d’origine en raison de risques avérés de persécution, bénéficient aujourd’hui d’une protection de fait au Cameroun. Selon Me Joseph Fru, avocat impliqué dans le dossier, elles doivent être traitées comme des réfugiés, avec tous les droits et privilèges que ce statut implique. Le gouvernement camerounais se trouve donc contraint d’assurer leur hébergement et leur subsistance, une situation qui soulève des questions sur les engagements pris en coulisses avec Washington.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a durci sa politique migratoire, multipliant les expulsions et cherchant à contourner le refus de certains pays de réadmettre leurs ressortissants. L’administration américaine négocie ainsi des accords avec des États tiers pour qu’ils accueillent des expulsés, une pratique qui bouscule le droit international et place les pays de destination dans une position délicate. Le Cameroun, sans avoir formalisé d’accord public avec les États-Unis, se retrouve de fait intégré à ce dispositif contesté.
L’absence de transparence entre Yaoundé et Washington interroge sur les contreparties éventuelles. Aucun document officiel encadrant ces transferts n’a été rendu public, ce qui alimente les spéculations sur d’éventuelles pressions diplomatiques ou arrangements bilatéraux. Pour l’instant, le gouvernement camerounais reste silencieux sur sa participation à ce programme, tandis que l’OIM joue le rôle de facilitateur, sans pour autant clarifier son mandat exact dans cette opération.
La présence prolongée de ces migrants pourrait à terme créer un précédent. Si le Cameroun devient une destination récurrente pour les expulsés de pays tiers, cela imposerait une charge supplémentaire à un État déjà confronté à ses propres défis sécuritaires et humanitaires. Surtout, cela poserait la question de la souveraineté du pays : dans quelle mesure peut-il refuser d’être un acteur passif de la politique migratoire américaine ?
Ce cas met en lumière une tendance plus large : l’externalisation des frontières américaines vers des pays souvent moins outillés pour gérer des flux migratoires complexes. Les migrants concernés, bien que protégés temporairement, se retrouvent dans un vide juridique, suspendus entre leur pays d’origine qu’ils ne peuvent rejoindre et un pays d’accueil qui ne leur doit rien, sinon l’hospitalité contrainte d’un accord resté secret.



