L’Afrique est en train de perdre son capital génétique végétal à un rythme alarmant, mettant en péril sa souveraineté alimentaire et la résilience de ses systèmes agricoles face au dérèglement climatique. Selon un rapport publié le 12 février 2026 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la disparition des variétés locales et des espèces sauvages s’accélère sur le continent. Intitulé « The Third Report on the State of the World’s Plant Genetic Resources for Food and Agriculture », ce document dresse un constat sévère : les plantes qui constituent l’armature des régimes alimentaires et des économies rurales s’évanouissent plus vite que les efforts entrepris pour les sauvegarder.
Le phénomène touche aussi bien les grandes cultures de base que la flore spontanée. Des variétés traditionnelles de sorgho, de mil, d’igname ou de riz, sélectionnées et préservées par les communautés paysannes depuis des générations, disparaissent des exploitations. Remplacées progressivement par des semences commerciales parfois inadaptées aux sols et aux climats locaux, ces variétés locales, pourtant plus résistantes aux stress hydriques ou thermiques, sont en voie d’extinction. La situation est particulièrement critique en Afrique australe, où 42 % de ces ressources sont considérées comme menacées, contre seulement 6 % en Afrique de l’Est, selon les données du rapport.
Au-delà des champs, c’est tout l’écosystème des plantes alimentaires sauvages qui est fragilisé. Des espèces emblématiques comme le baobab, le karité ou le tamarin, qui jouent un rôle crucial de filet de sécurité nutritionnelle pour les populations rurales en période de soudure, subissent une pression croissante. La FAO estime que plus de 70 % des plantes alimentaires sauvages évaluées en Afrique sont en danger, un taux deux fois supérieur à la moyenne mondiale. La destruction des habitats naturels, l’expansion des monocultures et les effets combinés du changement climatique sont pointés du doigt.
L’autre angle mort de cette crise réside dans la disparition des espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées. Ces parentèles sauvages, qui poussent en lisière des forêts ou des zones arides, constituent pourtant une ressource génétique inestimable pour la sélection variétale. Véritable assurance-vie biologique, elles recèlent les gènes de résistance aux maladies, aux parasites ou à la sécheresse dont les sélectionneurs auront besoin pour adapter l’agriculture de demain. Le rapport alerte sur le fait que plus de 70 % de ces espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction, privant les chercheurs d’un réservoir adaptatif crucial.
Face à cette hémorragie, les infrastructures de conservation du continent apparaissent dramatiquement sous-dimensionnées. Les banques de gènes africaines ne renferment que 14 % des espèces sauvages apparentées aux cultures et seulement 6 % des installations de conservation recensées dans le monde se trouvent en Afrique subsaharienne. Pire encore, moins de 10 % des 220 000 échantillons de semences déjà collectés sont dupliqués en lieu sûr, ce qui les expose à une perte définitive en cas de catastrophe naturelle, de conflit ou de panne technique.
Face à cette situation, la FAO ne se contente pas d’un constat : elle appelle les gouvernements et leurs partenaires à une mobilisation sans précédent. L’organisation onusienne exhorte à un investissement massif dans les banques de gènes et les systèmes semenciers. Mais elle insiste aussi sur la nécessité de renforcer les capacités scientifiques locales et de reconnaître le rôle central des agriculteurs et des communautés autochtones. Ces derniers, véritables « gardiens de la biodiversité », doivent être soutenus pour continuer à cultiver, échanger et préserver ce patrimoine génétique, seule garantie d’une agriculture africaine capable de nourrir ses populations dans un environnement toujours plus instable.



