Félix Tshisekedi a ordonné un audit de l’état liquidatif de la paie des fonctionnaires. Cette décision, annoncée à l’issue du conseil des ministres du week-end, fait suite à une alerte du Fonds monétaire international (FMI) concernant l’explosion de la masse salariale en République démocratique du Congo. Celle-ci grèverait désormais plus de la moitié du budget de l’État, un niveau jugé intenable pour les finances publiques et le bon déroulement des programmes soutenus par l’institution de Bretton Woods.
L’objectif affiché de cet audit est de confronter les effectifs budgétaires théoriques aux agents réellement rémunérés. Depuis plusieurs années, le système de paie congolais souffre de graves déséquilibres structurels. L’engagement de nouveaux agents sans planification rigoureuse et l’octroi d’augmentations salariales dépourvues de mécanismes de contrôle ont considérablement alourdi la facture. Le gouvernement reconnaît que cette situation met sous tension la trésorerie de l’État et fait peser un risque de perturbations, synonymes de retards de paiement aux conséquences sociales potentiellement explosives.
Cette initiative présidentielle s’inscrit dans un cadre contraint par les engagements pris avec les institutions financières internationales. La RDC bénéficie actuellement d’un appui budgétaire via la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) du FMI. Ces programmes exigent des réformes structurelles drastiques, notamment l’assainissement des finances publiques. L’inflation de la masse salariale est un point de friction récurrent entre Kinshasa et ses partenaires techniques, qui y voient un signe de mauvaise gouvernance et un obstacle majeur à la soutenabilité budgétaire à moyen terme.
Coordonné par la Première ministre avec l’appui de l’Inspection générale des finances, cet audit doit rendre ses conclusions dans un délai de trente jours. Il s’agit d’un exercice périlleux. L’exécutif assure vouloir distinguer l’ivraie du bon grain : il ne s’agirait pas de pénaliser les agents dûment recrutés, mais d’éliminer les doublons et les rémunérations indues pour sécuriser les paiements futurs. La mise en œuvre de ces recommandations sera le véritable test de la volonté politique du chef de l’État.
La société civile, souvent prompte à dénoncer la gabegie, accueille l’annonce avec un scepticisme de bon aloi. Pour elle, l’origine du mal est connue et nommée. Les recrutements abusifs et les complaisances salariales ne sont pas le fruit d’un système anonyme, mais émanent directement des institutions politiques et des cabinets ministériels. L’audit ne sera crédible que s’il ose remonter jusqu’à ces sources de décision et s’il débouche sur des sanctions, et non sur un simple exercice de communication destiné à rassurer temporairement le FMI.



