C’est une découverte qui vient étoffer le riche patrimoine paléontologique du Niger. Une équipe internationale de scientifiques a mis au jour une nouvelle espèce de dinosaure spinosaurus dans le désert du Ténéré, au nord de la localité de Tesker, dans le centre du pays. Daté de 95 millions d’années, ce spécimen baptisé Spinosaurus mirabilis fait l’objet d’un article dans la prestigieuse revue américaine Science, confirmant l’importance de cette trouvaille pour la compréhension des écosystèmes du Crétacé.
Les ossements de ce géant ont été exhumés lors d’une mission de trois mois menée en 2022 sous la direction du paléontologue américain Paul Sereno, professeur à l’Université de Chicago. Avec une longueur estimée à douze mètres et un poids compris entre cinq et sept tonnes, il s’agit de l’un des plus grands prédateurs jamais retrouvés dans le Sahara. L’expédition, qui faisait suite à un premier repérage en 2019, a mobilisé une vingtaine de chercheurs, dont l’archéologue nigérien Boubé Adamou, de l’Institut de Recherche en Sciences Humaines (IRSH) de Niamey.
When UChicago paleontologists first plucked a massive dinosaur bone from the sands of the central Sahara in 2019, they didn't immediately recognize it. A new paper describes their discovery: a fish-eating, "hell heron" known as Spinosaurus mirabilis. https://t.co/3MiYeh2x1P pic.twitter.com/suDEM81nHT
— The University of Chicago (@UChicago) February 19, 2026
La particularité du Spinosaurus mirabilis réside dans son anatomie singulière. « C’est vraiment l’espèce la plus grande qu’on a pu identifier jusque-là, que ce soit dans le Sahara nigérien ou ailleurs, explique Boubé Adamou. Sa particularité, c’est que ce type de dinosaure a une crête au niveau du crâne qui ressemble un peu à la crête de la pintade. La crête pourrait servir simplement d’ornement. » Mesurant jusqu’à cinquante centimètres et en forme de sabre, cette excroissance osseuse s’ajoute à un museau allongé de crocodilien et des narines reculées, adaptations parfaites pour un mode de vie amphibie.
Cette découverte s’inscrit dans un territoire déjà surnommé le « cimetière des dinosaures ». Le désert du Ténéré, et plus largement la région de Tesker, recèle des trésors paléontologiques majeurs depuis les premières campagnes de fouilles dans les années 1960. Si le climat y est aujourd’hui aride, les chercheurs estiment qu’à l’époque du Spinosaurus, la région était une vaste zone lacustre humide. « Il est à la fois un animal terrestre et un amphibien. Il fait donc sa pêche ou sa chasse aux poissons dans les marécages, précise le chercheur. Son environnement pouvait être une zone plus ou moins lacustre, des eaux plus profondes entourées par une forêt. »
Aucune nouvelle mission de fouille n’est actuellement programmée sur le site. L’heure est désormais à l’analyse approfondie des ossements collectés. Les scientifiques travaillent à la reconstitution complète du mode de vie de ce prédateur et à la compréhension de son écosystème. À terme, l’objectif est de permettre au public d’admirer ces vestiges.
La mise en valeur de ce patrimoine unique constitue un enjeu pour les autorités nigériennes. Depuis plusieurs années, le pays porte un projet de construction de deux musées d’archéologie et de paléontologie à Niamey et Agadez. La découverte du Spinosaurus mirabilis pourrait donner un coup d’accélérateur à ces initiatives, offrant au Niger l’opportunité de conserver et d’exposer sur son sol les preuves de son passé préhistorique exceptionnel, plutôt que de voir ces trésors exclusivement étudiés et exposés à l’étranger.



