Le ministre libyen des Affaires étrangères, Taher Al Baour, a été reçu ce mardi à N’Djamena par le président Mahamat Idriss Déby Itno. Il s’agit de sa première visite officielle au Tchad depuis son entrée en fonction au sein du gouvernement d’unité nationale basé à Tripoli. Un déplacement qui intervient dans un climat de méfiance récurrente entre les deux rives du Sahara.
Les discussions ont porté sur l’état de la coopération bilatérale, ses évolutions récentes et plusieurs dossiers communs. Al Baour a plaidé pour des rencontres régulières, gage selon lui d’une coordination plus fluide et plus péremptoire. Les deux parties ont notamment évoqué la tenue prochaine d’une commission mixte, présentée comme un outil central pour approfondir leurs engagements réciproques.
Ce rapprochement s’inscrit dans une histoire tourmentée. Le Tchad et la Libye partagent plus de 1 000 kilomètres de frontière poreuse, régulièrement déstabilisée par les répercussions des crises libyennes successives. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, N’Djamena alterne entre prudence et fermeté face aux ingérences armées venues du nord, tout en accueillant des médiateurs et des factions rivales.
La question sécuritaire a logiquement dominé les échanges. Le territoire libyen reste un sanctuaire pour plusieurs groupes armés actifs dans la bande sahélo saharienne. Pour le Tchad, toute déstabilisation de sa voisine du nord se traduit immédiatement par des risques de pénétration de combattants, de trafics d’armes ou de mouvements de réfugiés. Tripoli, de son côté, a besoin de la coopération tchadienne pour verrouiller son flanc sud.
Sur le plan économique, les deux responsables ont affiché leur volonté commune de relancer les échanges commerciaux, aujourd’hui bien en deçà de leur potentiel. Les infrastructures de transport, les douanes et la libre circulation des biens figurent parmi les chantiers prioritaires. Mais aucun calendrier concret n’a été rendu public, ce qui laisse planer un doute sur la volonté réelle d’aller au delà des déclarations solennelles.
À l’issue de la rencontre, Taher Al Baour s’est félicité d’une convergence de vues entre les deux pays, réaffirmant leur engagement à œuvrer pour l’intérêt de leurs populations. Reste à savoir si cette dynamique survivra aux prochaines secousses politiques libyennes, ou si elle restera une simple parenthèse diplomatique.



