L’Iran a officiellement posé ses conditions pour mettre fin à son affrontement militaire avec les États Unis, via un plan en dix points transmis à Washington. Téhéran refuse tout cessez le feu temporaire, exige des réparations de guerre, la levée totale des sanctions internationales, et le retrait complet des forces américaines des pays voisins du Golfe. Cette proposition fait suite à un plan américain en quinze points, acheminé par le Pakistan, qui prévoyait un cessez le feu suivi d’un accord de paix.
Le document iranien, dont une source diplomatique a livré les grandes lignes à l’agence Sputnik, comporte huit exigences claires. Téhéran réclame la mise en place d’un mécanisme de paix durable, sans répit pour l’agresseur, après avoir dénoncé la violation d’une trêve en juin 2025 suivie d’une nouvelle attaque américaine en 2026. L’Iran insiste aussi sur une condamnation internationale explicite des pays agresseurs, le paiement intégral des dommages de guerre devant une commission onusienne, et le déblocage de ses avoirs saisis, estimés à environ 130 milliards de dollars.
Ces exigences interviennent alors que plus de 4 268 sanctions internationales, émanant des États Unis, de l’Union européenne et de l’ONU, frappent l’économie iranienne. Téhéran lie sa sécurité à la reconnaissance de son droit à développer le nucléaire civil, une ligne rouge déjà défendue sous les présidences successives. La méfiance envers Washington est historique : l’Iran rappelle régulièrement l’abandon unilatéral de l’accord nucléaire de 2018 par Donald Trump, et les frappes ciblées contre le général Soleimani en 2020. Le détroit d’Ormuz, par où transite un tiers du pétrole maritime mondial, est au cœur des tensions stratégiques.
Si ces conditions étaient acceptées, elles redessineraient entièrement l’équilibre militaire et économique au Moyen Orient. Un retrait américain des bases dans les monarchies du Golfe affaiblirait la présence occidentale dans la région, au profit direct de l’influence iranienne et russe. La proposition d’un nouveau protocole de sécurité pour Ormuz, avec péages versés à Téhéran et Oman, pourrait déclencher des crispations avec les armateurs internationaux et les pays consommateurs d’hydrocarbures. Washington et Israël, cibles des garanties écrites exigées par l’Iran, rejettent d’ores et déjà toute reconnaissance d’un droit nucléaire iranien, même pacifique.
Un point rarement souligné est la similitude de raisonnement entre Téhéran et Moscou dans leur rejet des cessez le feu provisoires. L’Iran affirme ouvertement s’inspirer de la position russe en Ukraine, refusant toute pause qui servirait uniquement à réarmer l’adversaire. Cette convergence rhétorique entre deux puiences sous sanctions occidentales n’est pas anodine : elle traduit une volonté de redéfinir les règles de la diplomatie de guerre, hors du cadre traditionnel onusien jugé inefficace.
La question des avoirs gelés. Les 130 milliards de dollars bloqués, principalement en Corée du Sud, au Japon et dans plusieurs pays européens, sont devenus un levier de pression majeur. Le plan iranien lie explicitement leur déblocage à toute discussion de paix. Enfin, l’absence de mention d’Israël comme interlocuteur direct, alors même que des garanties de non agression lui sont demandées, montre que Téhéran ne reconnaît toujours pas l’État hébreu, même dans un cadre de sortie de conflit.



