Le géant américain de la VTC Uber a annoncé un investissement de 5 milliards de rands, soit environ 300 millions de dollars, en Afrique du Sud lors de la conférence sur l’investissement à Johannesburg. Cette somme, étalée sur plusieurs années, vise à renforcer ses services de mobilité, de livraison et ses plateformes numériques, alors que le pays lutte pour atteindre son objectif de 2 000 milliards de rands de nouveaux investissements.
Concrètement, cet appui financier doit permettre de baisser les barrières d’entrée pour les conducteurs et livreurs via des aides au carburant, des modèles de financement de véhicules et des partenariats techniques. Uber affirme que plus de 100 000 personnes utilisent déjà sa plateforme en Afrique du Sud, et espère ainsi élargir les opportunités pour les petites entreprises tout en répondant à l’urgence de l’emploi, notamment chez les jeunes.
Cette annonce intervient dans un climat contrasté pour Uber sur le continent. L’entreprise a fermé ses opérations en Tanzanie le 30 janvier 2026, invoquant un environnement réglementaire hostile et une concurrence féroce de Bolt et Little. Elle cherche en revanche à revenir au Maroc et à s’implanter au Rwanda. L’Afrique du Sud, première économie régionale, représente un marché stratégique où Uber teste depuis des années des services comme Uber Moto pour les zones mal desservies par les transports publics.
Une partie des 300 millions de dollars sera dédiée à l’innovation locale : expansion des services de motos taxis et accélération de la transition vers les véhicules électriques, en collaboration avec des flottes partenaires comme Moove. Uber mise sur une électrification progressive de sa flotte sud‑africaine, tout en développant des solutions de financement adaptées aux profils de revenus irréguliers des livreurs. Le pari est risqué dans un pays où les coupures d’électricité chroniques et le coût des infrastructures de recharge restent des obstacles majeurs.
Deepesh Thomas, directeur général pour l’Afrique subsaharienne, a insisté sur une approche concrète : « La vraie mesure d’un investissement, ce n’est pas le chiffre dans un tableur, mais le battement de l’économie qu’il soutient. » Derrière ce discours, Uber cherche avant tout à fidéliser un maximum de chauffeurs et de commerçants face à des rivaux locaux plus agressifs sur les prix. L’entreprise a appris à ses dépens que l’expansion tous azimuts ne suffit pas ; la rentabilité exige désormais une ancrage profond dans chaque ville.
Reste que cet engagement sud‑africain ne doit pas masquer les tensions persistantes entre Uber et les autorités locales ailleurs sur le continent. Au Nigeria et au Ghana, les régulations sur les commissions et les licences ont régulièrement provoqué des blocages. En Afrique du Sud même, les syndicats des taxis traditionnels dénoncent une concurrence déloyale. Si Uber veut transformer ces 300 millions de dollars en levier durable, il devra négocier avec des États de plus en plus offensifs sur la fiscalité du numérique et la protection des travailleurs des plateformes.



