Kate Fotso, considérée comme la femme la plus riche du Cameroun, prévoit d’investir 28,3 millions de dollars (17 milliards de FCFA) dans une nouvelle unité de production de boissons à Souza, dans la région du Littoral. Ce projet marque une rupture nette avec son cœur de métier historique, le cacao, et signale une stratégie de diversification industrielle d’envergure.
L’usine, dont la construction devrait débuter prochainement, représente l’un des plus importants investissements privés récents dans le secteur manufacturier camerounais. Kate Fotso, qui a bâti sa fortune sur l’exportation de fèves, semble vouloir capter une partie du marché local des boissons, dominé par des groupes internationaux comme Castel ou SABC. Ce virage interroge cependant : pourquoi abandonner si brutalement le cacao, filière historique du pays, pour se lancer dans un segment ultra‑concurrentiel ?
Jusqu’à récemment, Kate Fotso régnait sans partage sur l’exportation cacaoyère camerounaise. Sa société Telcar Cocoa contrôlait près de 35 % des parts de marché au pic de son activité, expédiant plus de 100 000 tonnes lors de la campagne 2023‑2024. Mais la chute est brutale : sur la campagne 2024‑2025, Telcar n’a exporté que 32 406 tonnes, soit à peine 10,4 % du marché. Dévancée par SIC Cacaos et Sbet, l’entreprise a perdu son leadership en moins d’un an. Ce déclin accéléré explique sans doute la nécessité de trouver de nouveaux relais de croissance.
L’entrée dans la brasserie n’est pas sans risques. Le secteur des boissons au Cameroun est saturé, fiscalement lourd, et soumis à des régulations strictes. Par ailleurs, Kate Fotso n’est pas novice dans la diversification : elle a déjà créé Bridge Riviera Development and Hospitality Plc (BRDH) à Douala, avec un capital de 100 millions de FCFA, mais ce projet immobilier et hôtelier n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière. La nouvelle brasserie devra prouver sa rentabilité face à des acteurs solidement implantés.
L’effondrement de Telcar Cocoa en seulement une campagne révèle une fragilité structurelle des grandes exportations africaines. Trop dépendantes de quelques acheteurs internationaux et des cours mondiaux, ces entreprises sont vulnérables aux retournements de marché. Kate Fotso l’a compris : construire un empire sur une seule matière première, même stratégique, expose à des effondrements rapides. Son passage aux boissons peut être vu comme une tentative de réplication d’un modèle logistique et industriel, mais dans un univers où la bataille se joue désormais sur la distribution locale et les marges.

Ce pari envoie un message aux autres grands opérateurs camerounais : la diversification n’est plus une option, mais une nécessité. L’argent du cacao, du café ou du pétrole ne suffit plus. Kate Fotso, en misant sur la boisson, agit en stratège contraint plus qu’en visionnaire. Reste à savoir si ce virage à 28 millions de dollars sera une renaissance industrielle ou le signe d’un empire qui cherche désespérément ses repères. Les marchés, eux, ne jugent que sur les résultats.



