Les États-Unis viennent de réaffirmer, mercredi 29 avril à Rabat, leur reconnaissance officielle de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, tout en qualifiant l’initiative marocaine d’autonomie d’« unique base d’une solution juste et durable » au différend territorial. Cette déclaration, signée par le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau à l’issue d’un entretien avec le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita, marque une inflexion claire dans la formulation américaine. Elle éloigne toute ambiguïté sur la position de Washington, qui ne présente plus l’autonomie comme une option parmi d’autres, mais comme le seul cadre acceptable.
Christopher Landau a été précis : les États-Unis soutiennent désormais activement les investissements américains au Sahara, une dimension jusqu’ici discrète de leur politique. En appelant à une solution « sans délai indéfini », le diplomate américain a également mis en cause la stagnation des processus onusiens. Il a explicitement cité la résolution 2797 du Conseil de sécurité, tout en rappelant que l’administration Trump, puis celle de Joe Biden, n’avaient jamais démenti la reconnaissance proclamée fin 2020. Cette continuité transpartisane, inhabituelle sur un dossier aussi sensible, confirme que Washington traite désormais le Sahara comme un territoire marocain à part entière.
Cette réaffirmation s’inscrit dans une séquence diplomatique longue de quatre ans. Depuis la reconnaissance historique proclamée par Donald Trump en échange de la normalisation maroco‑israélienne, les États-Unis n’avaient plus fait de déclaration d’une telle intensité. Le geste intervient alors que le Polisario et l’Algérie multiplient les offensives juridiques et médiatiques pour contester l’annexion de fait. Sur le terrain, le cessez‑le‑feu de 1991 est en lambeaux, et le mandat de la Minurso reste sous tension. En rappelant son soutien au « partenariat de 250 ans » entre Rabat et Washington, Landau ancre aussi cette position dans une relation stratégique unique en Afrique du Nord.
La pression américaine pourrait accélérer un rééquilibrage au sein du Conseil de sécurité. Jusqu’ici, les résolutions sur le Sahara évitaient de mentionner explicitement la souveraineté marocaine. En présentant l’autonomie comme seule base négociable, Washington isole un peu plus Paris, qui reste favorable à une solution politique incluant une large autonomie sans exclusive. À moyen terme, cette position américaine risque de durcir les positions algériennes et de pousser le Polisario à radicaliser sa réponse armée. Mais elle ouvre aussi la voie à des investissements directs américains dans les provinces du Sud, notamment dans les énergies renouvelables et le phosphate.
Un détail a frappé les observateurs : les remerciements appuyés de Christopher Landau au président Donald Trump et au roi Mohammed VI pour leur « vision et leur leadership ». Mentionner explicitement l’ancien président américain, trois ans après son départ de la Maison-Blanche, est inhabituel dans une communication officielle. Cela indique que la reconnaissance du Sahara marocain est considérée par certains cercles républicains comme un héritage diplomatique à défendre, et non comme une parenthèse partisane. Ce clin d’œil à Trump, couplé à l’évocation des « 250 ans de partenariat », rappelle que le Maroc fut la première puissance à reconnaître l’indépendance américaine en 1777. L’histoire sert ici de justification à une géopolitique très contemporaine.
Le soutien aux entreprises américaines souhaitant investir au Sahara n’est pas anecdotique. Il transforme la reconnaissance diplomatique en levier économique concret. Plusieurs firmes américaines explorent déjà des projets dans le port de Dakhla, véritable hub atlantique. En validant officiellement la sécurité juridique de ces investissements, Washington donne un signal fort aux institutions financières internationales. À terme, cette stratégie pourrait marginaliser les appels à un référendum d’autodétermination, en rendant économiquement irréversible l’ancrage du Sahara au Maroc. La formule de Landau « la solution ne peut attendre indéfiniment » devient alors une menace implicite contre tout éternel statu quo.



