Le président gambien Adama Barrow a reçu à Banjul la nouvelle secrétaire générale du Commonwealth, Shirley Ayokor Botchwey, pour des discussions centrées sur la migration, les processus électoraux et les droits humains. Un communiqué de la présidence, publié mercredi, confirme la volonté des deux parties de renforcer leur coopération autour de plusieurs chantiers stratégiques. La cheffe de l’organisation, originaire du Ghana, effectue l’un de ses premiers déplacements depuis sa prise de fonction. La rencontre intervient à un moment clé pour la Gambie, encore marquée par les séquelles du régime de Yahya Jammeh.
Au cœur des échanges : la gestion des flux migratoires, la crédibilité du système judiciaire gambien et la création prochaine d’une académie diplomatique. Barrow a officiellement sollicité le soutien du Commonwealth pour mettre en œuvre les réparations préconisées par l’ancienne commission vérité, réconciliation et réparations. Il a aussi plaidé pour un accès facilité aux financements destinés aux programmes d’autonomisation des femmes et des jeunes. En retour, Shirley Ayokor Botchwey a réaffirmé l’engagement constant de l’organisation à renforcer la résilience des institutions démocratiques gambiennes, sans annoncer de mesure chiffrée concrète.
Ce rapprochement avec le Commonwealth s’inscrit dans une stratégie de réhabilitation internationale menée par Banjul depuis l’alternance politique de 2017. Après vingt-deux ans de régime autoritaire, la Gambie tente de reconstruire son État de droit et d’attirer des partenaires crédibles. Mais les progrès restent fragiles. La justice transitionnelle avance lentement, et les risques de régression démocratique ne sont pas écartés. L’organisation, qui compte cinquante six membres, a souvent été critiquée pour son manque de mordant face aux dérives autoritaires. Son soutien à la Gambie sera jugé à l’aune de ses actes, pas de ses déclarations.
Les prochaines élections législatives et locales en Gambie constitueront un test décisif pour la coopération engagée. Barrow a appelé les pays membres du Commonwealth à promouvoir la création de richesses plutôt que la simple aide humanitaire. Mais la question migratoire, sensible à la fois pour Banjul et pour Londres, pourrait créer des tensions. Le départ de jeunes Gambiens vers l’Europe reste massif. Si le Commonwealth ne délivre pas de résultats tangibles, notamment sur les réparations et l’indépendance judiciaire, la population risque de voir dans ces discussions un énième exercice de communication politique.
Des observateurs locaux soulignent que l’académie diplomatique évoquée lors de la rencontre répond à un besoin réel. La Gambie dispose d’une administration extérieure affaiblie par des décennies de sous investissement. Former une nouvelle génération de diplomates est indispensable pour peser dans les enceintes régionales et internationales. Toutefois, l’engagement de Barrow à conduire le Commonwealth vers « une nouvelle dynamique » semble ambitieux pour un pays de moins de trois millions d’habitants. Sans pression soutenue de la société civile gambienne, ces promesses risquent de rester lettre morte. La vérité oblige à le dire : l’histoire africaine regorge de feuilles de route brillantes jamais appliquées.



