Une équipe lilloise a mis au point le premier dispositif mécanique de contraception masculine réversible et sans hormones, baptisé STEOM. Imaginé comme un « stérilet pour homme », ce prototype breveté en 2025 doit encore réussir ses essais précliniques, qui débutent en mai à l’université de Liège, avant une éventuelle mise sur le marché espérée d’ici sept à dix ans.
Le STEOM se pose en ambulatoire en une quinzaine de minutes, sous anesthésie locale, via une petite ouverture d’un centimètre au niveau du scrotum. Conçu pour une durée de trois ans, il bloque mécaniquement le passage des spermatozoïdes sans affecter la fertilité ni la sexualité. « Tout a été conçu pour que ce soit le plus simple et le moins gênant possible », explique Julie Prasivoravong, médecin andrologue à l’origine du projet. Le dispositif, dont le nom est un acronyme, peut être retiré et posé par tout médecin formé, urologue ou andrologue.
Cette innovation répond à un double constat démographique et médical. En France, le nombre d’hommes ayant recours à la vasectomie est passé de 1 940 en 2010 à 30 288 en 2022, soit une multiplication par quinze en douze ans. Parallèlement, 251 270 femmes ont avorté en 2024, soit 7 000 de plus qu’en 2023. Face à ces chiffres, l’andrologue a voulu offrir une alternative aux préservatifs et aux méthodes dites naturelles, en imaginant une solution low-tech et non hormonale qui élargisse les choix masculins en matière de contraception.
Les premiers essais sur êtres vivants débutent en mai, en collaboration avec l’université de Liège. Viendront ensuite des études cliniques élargies pour valider l’efficacité et l’innocuité du dispositif. Son industrialisation dépendra de la création d’une start up, attendue d’ici la fin de l’année, et du feu vert des autorités réglementaires. D’ici sept à dix ans, si toutes les étapes sont franchies, le STEOM pourrait devenir une option concrète pour les couples souhaitant partager la charge contraceptive.
Une étude de réceptivité menée auprès de 350 hommes montre un intérêt réel, notamment chez les jeunes pères et les couples installés. « Cela ne parlera pas forcément à tout le monde, mais il est important de diversifier l’offre », estime Jessica Schiro, chercheuse à l’Inserm. Si le dispositif reçoit davantage de soutien de la part des femmes, ses promoteurs misent sur l’acculturation pour lever les réticences et les peurs liées à cette nouveauté.
Derrière le projet, une dynamique familiale et engagée. Dominique Prasivoravong, frère de la médecin et ancien cadre dans la finance, portera la future start up. « Ce qui nous anime, c’est le progrès. J’aimerais avoir un impact positif sur le monde », dit ce père de deux enfants. L’équipe insiste sur le travail pédagogique restant à accomplir pour que les hommes s’approprient ce nouvel outil, dans un contexte où la contraception reste encore majoritairement perçue comme une responsabilité féminine.



