L’Angleterre est en demi-finale de la Coupe du monde 2026. Mais elle le doit moins à sa force collective qu’à un éclair de génie individuel. Jude Bellingham, auteur d’un doublé dont un but décisif en prolongation, a renversé la Norvège (2-1) dans un quart de finale longtemps indigent, disputé sous une chaleur écrasante à Miami. Les Three Lions affronteront mercredi 15 juillet (19h TU) le vainqueur d’Argentine-Suisse pour une place en finale.
Le match a basculé sur deux fulgurances du Madrilène. Alors que l’Angleterre, poussive et stérile, venait d’encaisser un but magnifique de Schjelderup (36e), Bellingham a d’abord égalisé juste avant la pause d’une percée solitaire qui a transpercé le bloc norvégien (45+2). Puis, en tout début de prolongation (93e), il a surgi pour convertir un ballon mal relâché par le gardien Nyland, offrant un avantage définitif aux siens. Ce doublé masque une prestation anglaise globalement médiocre, marquée par un manque criant d’idées face au 4-5-1 norvégien, et une défense qui a tremblé sur chaque contre, sauvée in extremis par sa barre transversale (75e). Les deux buts refusés, un pour chaque camp (Kane, Lysaker Heggem), n’ont fait qu’accroître la tension sans jamais rassurer les supporters anglais.
Cette qualification rappelle un schéma récurrent pour l’Angleterre dans les grands tournois : la survie par l’exploit individuel plutôt que par la maîtrise collective. Déjà en 2018, les Three Lions avaient atteint les demi-finales sans convaincre pleinement. Ici, l’absence d’un véritable métronome au milieu et la dépendance à Harry Kane, fantomatique malgré un but refusé, ont été criantes. Face à une Norvège disciplinée et dangereuse en transition, emmenée par un Erling Haaland réduit au silence pendant 105 minutes avant d’être remplacé, l’Angleterre a rappelé ses vieux démons : une incapacité à faire le jeu quand l’adversaire refuse de l’ouvrir. Le contexte climatique (31 degrés) et un rythme initial de « sprint de tortues » n’excuse pas tout, tant les choix tactiques de Thomas Tuchel ont semblé timorés jusqu’à ce que l’urgence le contraigne à l’audace.
Ce sursaut qualifie l’Angleterre pour sa quatrième demi-finale mondiale, mais il soulève une question brûlante : que vaut vraiment cette équipe face à un adversaire de premier plan ? Le vainqueur d’Argentine-Suisse, probablement l’Albiceleste, ne lui offrira ni le temps ni les espaces que la Norvège lui a concédés. Si Bellingham est en état de grâce, il ne pourra porter à lui seul tout le poids d’une attaque en manque de fluidité. La défense, secouée par les montées norvégiennes, devra aussi hausser son niveau. Pour Tuchel, le chantier est immense : insuffler un vrai liant entre les lignes et libérer Kane de son isolement, sous peine de voir le rêve s’arrêter net face à une équipe plus clinique.
Le paradoxe de ce quart de finale tient dans l’invisibilité des deux stars annoncées, Kane et Haaland, au profit d’un troisième larron, Bellingham. L’attaquant norvégien, auteur de six buts avant ce match, n’a pas eu la moindre occasion nette, muselé par un marquage étouffant et privé de ballons exploitables. Ce faux duel a offert un contrepoint saisissant : la Norvège, pourtant moins expérimentée, a paru plus proche de l’exploit que l’Angleterre pendant une heure, avec des occasions nettes pour Sorloth et Ødegaard. Le penalty accordé puis retiré à Spence (99e) illustre le stress ambiant, tandis que le gardien Nyland, auteur d’une faute de main sur le but décisif, cristallise l’amertume norvégienne.
Au-delà du résultat, ce match laisse un goût amer chez les observateurs. Le quart de finale aura été un condensé des travers du football moderne : une première période d’une lenteur désespérante, des recours abusifs à la VAR (deux buts refusés, un penalty annulé), et un dénouement finalement accroché à un exploit personnel. Pour l’Angleterre, la délivrance est réelle, mais elle ne doit pas faire oublier les failles. Pour la Norvège, l’élimination est cruelle, mais elle confirme sa progression. Quant à Bellingham, il a écrit une nouvelle page de son histoire, déjà comparable à celle de ses illustres prédécesseurs. Reste à savoir si ce doublé restera une simple pépite ou le point de départ d’une conquête plus large.



