Tard dans la soirée du 18 juillet 2026, alors que s’achevait une croisade de prières menée par le célèbre prédicateur évangélique burundais Chris Ndikumana, un mouvement de foule d’une rare violence a provoqué la mort de huit personnes et fait neuf blessés, selon un bilan officiel communiqué par la police burundaise. Le drame s’est déroulé dans l’enceinte de l’école technique de Kamenge, un quartier densément peuplé de la capitale économique, transformée pour l’occasion en gigantesque espace de recueillement.
Les témoignages recueillis sur place, notamment celui d’un professeur de l’établissement, décrivent une sortie chaotique et une panique soudaine alors que des milliers de fidèles tentaient de quitter simultanément le site. Plongé dans l’obscurité, le flot humain s’est transformé en une vague incontrôlable, piétinant les plus faibles et les moins alertes. Si les circonstances exactes du déclenchement de la bousculade restent floues, la vétusté des infrastructures et l’absence apparente de dispositif de régulation des flux en sortie de spectacle apparaissent déjà comme des facteurs aggravants dans ce type d’événement rassemblant des foules considérables.
Ce drame s’inscrit dans un contexte religieux et social particulièrement dynamique au Burundi et dans la région des Grands Lacs. Chris Ndikumana, figure montante du pentecôtisme africain, rassemble des foules bien au-delà des frontières nationales, comme en témoigne sa performance à Abidjan en 2024 où il avait attiré 30 000 participants. Son audience numérique, avec plus de 1,3 million d’abonnés sur YouTube, reflète l’engouement pour ces prédications spectaculaires qui mêlent ferveur spirituelle et showmanship. Cependant, cet essor fulgurant du mouvement évangélique, souvent organisé dans des infrastructures publiques peu adaptées à une affluence de masse, interroge sur les protocoles de sécurité mis en place par les organisateurs et les autorités locales.
Au lendemain du drame, les organisateurs de la croisade “Kanguka” (Réveillez-vous) sont restés dans un silence pesant avant que le prédicateur ne prenne finalement la parole sur ses réseaux sociaux ce lundi. Présentant ses condoléances aux familles endeuillées, Chris Ndikumana a exprimé sa profonde tristesse sans toutefois aborder les éventuelles défaillances logistiques. Ce silence initial et l’absence de réaction des forces de sécurité, contactées pour connaître l’ouverture éventuelle d’une enquête, laissent planer un malaise. La gestion de l’après-catastrophe, en l’absence d’une communication officielle transparente, risque d’alimenter les spéculations et de jeter une ombre sur la popularité du prédicateur.
Cet incident tragique soulève avec acuité la question de la régulation des rassemblements religieux de grande envergure dans des pays où les moyens de secours et de maintien de l’ordre sont souvent limités. Il met en lumière la responsabilité morale et juridique des organisateurs face à la sécurité des participants, un défi que les mégachurches africaines, en pleine expansion, ne peuvent plus ignorer. Alors que les familles des victimes réclament des réponses, cet événement pourrait servir de catalyseur pour une révision des normes de sécurité applicables aux événements publics, obligeant prédicateurs et autorités à concilier ferveur populaire et impératifs de protection des vies humaines. La mémoire des huit disparus de Kamenge appelle désormais à une réflexion profonde sur la manière de prier et de se rassembler en sécurité.



