Le Ghana a officiellement lancé un appel d’offres pour l’attribution de licences 5G, avec une valeur minimale de 230 millions de dollars. Cette décision intervient quelques mois après l’annulation brutale d’un accord d’exclusivité attribué à un consortium soutenu par le milliardaire indien Mukesh Ambani. En rouvrant la compétition, Accra tourne résolument le dos à un modèle de réseau unique et ouvre la voie à une concurrence directe entre opérateurs pour la prochaine génération de téléphonie mobile.
L’Autorité nationale des communications (NCA) a invité les entreprises éligibles à soumissionner pour des fréquences stratégiques dans les bandes 700 MHz, 2,3 GHz et 3 GHz. Le processus comporte onze lots, dont les prix de réserve varient de 10 à 36 millions de dollars selon les bandes. Si tous les lots sont attribués au prix plancher, l’État ghanéen empochera au moins 230 millions de dollars, mais ce montant pourrait dépasser largement les 100 millions de dollars annoncés, en fonction des surenchères. Les opérateurs historiques MTN Ghana, Telecel Ghana et AT Ghana, ainsi que de nouveaux investisseurs, sont attendus au rendez-vous.
Ce revirement radical s’inscrit dans la rupture politique amorcée par l’arrivée au pouvoir du président John Mahama. Son administration a dénoncé l’opacité et les risques anticoncurrentiels de l’accord précédent, signé avec Next-Gen InfraCo (NGIC), un consortium composé de Radisys Corporation (filiale de Reliance Industries), Nokia, Tech Mahindra et des partenaires locaux. Cet accord prévoyait un réseau 5G unique en gros, imposant aux opérateurs d’acheter de la capacité au lieu de déployer leurs propres infrastructures. Le ministre des Communications, Samuel Nartey George, a estimé qu’une telle mainmise freinerait l’innovation et verrouillerait le marché au bénéfice d’un acteur privé étranger.
Le nouveau cadre d’attribution directe devrait intensifier la concurrence et accélérer le déploiement effectif de la 5G sur le territoire. Les bandes proposées permettent de combiner à la fois une couverture étendue, notamment dans les zones rurales via le 700 MHz, et des débits élevés pour les applications urbaines et industrielles grâce aux bandes 2,3 et 3 GHz. À court terme, ce processus pourrait redessiner la carte des investissements télécoms en Afrique de l’Ouest, le Ghana cherchant à se positionner comme un hub numérique régional. Reste à savoir si les opérateurs locaux auront les capacités financières et techniques pour rivaliser face à des groupes internationaux aux poches profondes.
Au-delà des enjeux techniques et budgétaires, ce dossier révèle une volonté politique affirmée de souveraineté numérique. En rejetant le modèle de l’opérateur unique, le gouvernement ghanéen répond aux critiques de la société civile et des acteurs locaux qui dénonçaient un contrat déséquilibré. Pour les observateurs, cette décision marque un test pour la crédibilité des institutions régulatrices du pays. La NCA devra désormais prouver sa capacité à gérer un appel d’offres transparent, impartial et conforme aux règles de l’Union internationale des télécommunications. Un enjeu essentiel pour attirer les financements étrangers et rassurer les partenaires techniques.
L’éviction de Mukesh Ambani, dont le groupe Reliance est un géant mondial des télécoms, n’est pas anodine. Elle envoie un signal fort aux investisseurs : Accra privilégie désormais la souplesse et l’ouverture à tout modèle verrouillé. Toutefois, les opérateurs historiques comme MTN pourraient être favorisés, car ils disposent déjà de l’infrastructure physique et des financements nécessaires. Les nouveaux entrants, en revanche, devront composer avec des coûts de déploiement colossaux, ce qui pourrait finalement réduire la concurrence à quelques grands noms. Le gouvernement mise sur une émulation qui profitera aux consommateurs, mais le pari est risqué dans un marché encore marqué par des inégalités d’accès au haut débit.



