L’Assemblée législative du Burkina Faso a approuvé à l’unanimité, mardi à Ouagadougou, la ratification des accords portant création de deux médias confédéraux, la radio « Daandè Liptako » et la télévision « Tafouk TV ». Ce vote, validé par les 59 députés présents, marque une étape décisive dans le projet d’intégration informationnelle des trois États membres de la Confédération des États du Sahel (AES), que sont le Burkina, le Mali et le Niger. L’objectif affiché est clair : doter l’alliance d’outils de communication souverains, face à un environnement régional et international perçu comme hostile.
Selon le gouvernement burkinabè, elles devront accompagner les politiques sécuritaires, économiques et d’intégration des trois pays, tout en promouvant les langues, les cultures et les patrimoines locaux. Leur cahier des charges insiste sur une information « crédible et responsable », en réaction directe à ce que les autorités qualifient de campagnes de désinformation répétées visant à déstabiliser l’AES. En clair, il s’agit de bâtir un contre-récit régional, capable de porter la voix de la Confédération sur la scène ouest-africaine et au-delà.
Après avoir tourné le dos à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et amorcé un rapprochement stratégique avec d’autres puissances, les pays de l’AES entendent désormais maîtriser l’ensemble des leviers de leur souveraineté, y compris le récit médiatique. La création de ces médias confédéraux parachève une dynamique entamée avec la mutualisation des efforts militaires et économiques, mais elle révèle aussi une méfiance structurelle envers les grands organes de presse internationaux et régionaux, souvent accusés de partialité.
Lors des débats parlementaires, plusieurs députés ont soulevé des questions concrètes : quel sera le budget alloué à ces médias ? Quelle gouvernance prévoit-on pour garantir leur indépendance réelle ? Les langues de diffusion seront elles locales, françaises, ou les deux ? Le recrutement du personnel reposera t il sur des critères techniques ou politiques ? Autant d’interrogations auxquelles les ministres des Affaires étrangères et de la Communication, Karamoko Jean Marie Traoré et Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, ont répondu que ces éléments seraient précisés au fil de la mise en œuvre, sans offrir de garanties immédiates.
Dans un espace sahélien marqué par l’insécurité et des coupures d’électricité récurrentes, la couverture technique de ces médias reste à inventer. Par ailleurs, la question de l’audience et de la crédibilité se posera avec acuité : pour exister face à des géants comme RFI, France 24 ou les chaînes panafricaines, ces nouveaux entrants devront produire un contenu de qualité, en phase avec les attentes de populations jeunes et connectées, tout en évitant le piège de la propagande d’État.
Mais au-delà des déclarations de principe, c’est la capacité des trois États à mutualiser leurs ressources humaines et financières qui sera jugée sur le terrain. Si les objectifs de souveraineté informationnelle sont légitimes, leur concrétisation suppose une transparence budgétaire et une indépendance rédactionnelle qui restent, à ce stade, des promesses en suspens. L’opinion publique, elle, attendra de voir si ces médias sauront réellement informer, éduquer et fédérer, ou s’ils ne deviendront qu’un énième outil de communication gouvernementale.



