Le Conseil de l’UE a officialisé ce 23 juillet la nomination de la Danoise Birgitte Nygaard Markussen au poste de représentante spéciale pour le Sahel. Elle prendra ses fonctions le 1er septembre, succédant au Portugais João Gomes Cravinho, dont le mandat, entamé en décembre 2024, s’achèvera le 31 août. Ce changement de tête intervient à un moment charnière, alors que la région est en proie à une instabilité chronique et que l’influence des partenaires traditionnels, dont la France, s’est considérablement érodée au profit de nouvelles alliances avec Moscou.
Elle sera chargée de conduire le dialogue politique avec les États du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad, Mauritanie) et les pays riverains affectés par les crises régionales, tout en coordonnant l’ensemble des interventions européennes, qu’elles soient diplomatiques, sécuritaires ou de développement. Sa mission prioritaire est la mise en œuvre de la nouvelle approche européenne approuvée en novembre 2025, qui mise sur le dialogue politique, la sécurité humaine et la création d’opportunités économiques, tout en cherchant à endiguer l’extension des conflits et à lutter contre les réseaux criminels. Un équilibre délicat entre fermeté et pragmatisme.
L’UE doit composer avec des juntes militaires au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey, hostiles à toute ingérence perçue, tandis que la Confédération des États du Sahel (AES) se structure comme un rempart contre les influences occidentales. La fermeture de la mission de formation militaire au Mali en mai 2024 et la fin du mandat de la cellule de conseil pour le Sahel en janvier 2026 illustrent la réduction drastique de l’empreinte sécuritaire directe de l’Europe sur le terrain. Cette nouvelle donne contraint Bruxelles à repenser ses modes d’action, privilégiant désormais la souplesse et la coopération adaptée à chaque pays plutôt qu’une approche uniforme.
Son premier mandat, d’une durée de douze mois, sera un test grandeur nature de la nouvelle doctrine européenne. Elle devra convaincre des régimes souvent suspicieux de la sincérité d’un partenariat gagnant-gagnant, tout en défendant les intérêts européens en matière de stabilité, de contrôle migratoire et de lutte contre l’extrémisme violent. La pression est d’autant plus forte que les groupes armés gagnent du terrain vers les pays côtiers du golfe de Guinée, menaçant directement la stabilité d’une région stratégique pour les approvisionnements énergétiques et miniers de l’Europe.
Birgitte Nygaard Markussen n’est pas une débutante. Depuis janvier 2025, elle est la représentante spéciale du Danemark pour le Sahel et les Grands Lacs, et sa carrière témoigne d’une connaissance intime des arcanes diplomatiques africaines. Elle a dirigé la délégation de l’UE auprès de l’Union africaine à Addis-Abeba de 2020 à 2023, et a été ambassadrice du Danemark dans plusieurs pays sahélens entre 2010 et 2012. Titulaire d’un diplôme en ethnographie, elle apporte un regard d’anthropologue sur les crises qu’elle devra gérer, un atout rare dans le microcosme diplomatique européen.
Hormis la mission civile EUCAP Sahel Mali, dont le mandat court jusqu’en janvier 2027, le dispositif européen de sécurité s’est réduit comme peau de chagrin. EUCAP se concentre sur l’accompagnement des forces de sécurité intérieure maliennes, un périmètre bien modeste face à l’immensité des défis. La nouvelle représentante devra jongler entre ce passage en force limité et la nécessité de renouer le dialogue avec des partenaires qui se tournent désormais vers la Russie ou la Turquie. Sa mission ne sera pas de redéployer des troupes, mais de reconstruire une influence par la politique et le développement, un chantier autrement plus complexe.



