Bassirou Diomaye Faye a officialisé, samedi à Dakar, la création de son propre parti politique, « KIIRAAY – Les Patriotes Républicains ». Actée lors du congrès constitutif de la coalition « Diomaye Président » au King Fahd Palace, cette transformation marque un tournant décisif pour le chef de l’État sénégalais, qui entend désormais s’appuyer sur une structure partisane solide et pérenne pour asseoir son action et préparer les échéances électorales à venir.
La nouvelle formation ambitionne de fédérer l’ensemble des partis, mouvements et personnalités politiques qui soutiennent la politique présidentielle. En substituant une structure politique classique à la coalition électorale qui l’a porté au pouvoir, Diomaye Faye choisit la voie de l’institutionnalisation. Ce passage d’une alliance de circonstance à un parti unique et identifiable traduit une volonté claire : ne plus dépendre d’alliances volatiles et offrir à sa majorité un cadre organisationnel stable, capable de porter un projet de société sur le long terme, au-delà de la seule dynamique présidentielle.
Ce lancement intervient dans un climat politique profondément recomposé. Il fait suite à la rupture consommée avec Ousmane Sonko, son ancien allié et mentor politique, avec qui il avait partagé l’ascension vers la magistrature suprême. Cette séparation, qui a redistribué les cartes au sein de l’ancienne opposition devenue au pouvoir, oblige désormais Diomaye Faye à exister par lui-même sur l’échiquier politique. En créant son propre outil partisan, il se libère de l’ombre de son ex-mentor et affirme sa stature de chef de file autonome, tout en cherchant à verrouiller sa base politique face à d’éventuelles velléités de reconquête de son ancien allié.
À court et moyen terme, « KIIRAAY » a pour objectif affiché de préparer les prochaines échéances électorales, en premier lieu les élections locales prévues en 2027. Le parti devra désormais se structurer sur le terrain, implanter des relais locaux et convaincre au-delà du cercle restreint des fidèles de la première heure. La réussite de ce pari conditionne la capacité du président à conserver une majorité solide à l’approche de la fin de son mandat, mais aussi à préparer une éventuelle succession ou, à tout le moins, à peser durablement sur la vie politique sénégalaise après 2027.
Dans son discours d’investiture, le chef de l’État a posé des principes exigeants pour sa nouvelle formation. Il a insisté sur la nécessité de faire primer l’éthique et le service de l’intérêt général sur les ambitions personnelles. « On y entrera pour servir et jamais pour se servir », a-t-il martelé, tout en promettant une justice indépendante et sans complaisance pour les éventuels manquements. Il a également fait de la transparence financière une règle cardinale, en affirmant que les ressources du parti seront publiques et gérées de manière irréprochable, afin que l’argent n’y soit jamais qu’un moyen et non une fin en soi.
Ces déclarations, si elles relèvent du discours politique classique, n’en prennent pas moins une résonance particulière dans un pays où la question de la gouvernance des partis et de leur financement est régulièrement pointée du doigt. En se dotant d’un parti qui se veut exemplaire, Diomaye Faye répond aussi à une attente citoyenne de moralisation de la vie publique. Reste à savoir si ces principes seront effectivement appliqués et si « KIIRAAY » parviendra à incarner un renouveau politique durable, ou s’il ne deviendra qu’un outil de plus au service d’une realpolitik électorale, comme tant d’autres formations avant lui.



